Pauvre Diable présente son titre Hommage aux soignants

Comment se passe la production d’un de vos titres ?

C’est toujours le texte qui vient en premier. Les mots sont vraiment l’élément le plus important de mes morceaux. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi le slam : pour que toute l’attention se porte dessus.

Ça commence par une émotion qui m’assaille. Au début c’est discret, et je peux tenter d’ignorer les remous. Mais ils ne font que d’augmenter, et le bouillonnement fini par être assourdissant. Il est alors absolument nécessaire pour moi de m’asseoir et de poser cette émotion sur le papier, c’est le seul moyen de m’en soulager.

Parfois, c’est suffisant, et ce texte restera un cri éphémère oublié dans un cahier. D’autres fois, ce n’est pas assez pour apaiser l’émotion, et elle continue à me ronger de l’intérieur. Dans ce cas, je m’assois au piano, je ferme les yeux et je laisse mes doigts l’exprimer à travers cet instrument parfaitement complémentaire de la plume.

Lorsque le texte et le piano sont composés, j’ai toute l’âme du morceau. J’apporte les finitions avec une batterie, une guitare, ou un violon.

D’où vous vient l’inspiration ?

L’émotion première est le plus souvent suscitée par l’actualité (comme pour Hommage aux soignants) ou mon histoire personnelle (comme pour Le grand départ).

Pour Hommage aux soignants, j’ai beaucoup de médecins, infirmier(e)s et aide-soignant(e)s autour de moi, et ça faisait des années que je les voyais à saturation, épuisés par les longues nuits, le manque de moyens et de considération. J’ai toujours eu le sentiment qu’il fallait que je fasse quelque chose pour aider, mais sans jamais voir de possibilité.

Quand Covid-19 a éclaté, j’ai vu leur charge de travail quadrupler du jour au lendemain. Mais pas les moyens. Je ne savais pas quoi faire.

Je les ai observé travailler 12 heures de suite, boule au ventre et masque fait maison au visage. Je les ai vu raccrocher leur blouse pour rentrer chez eux, et croiser leurs futurs patients se promener en groupe le nez au vent, sans masque et sans honte. Mais je ne pouvais rien y faire.

J’ai écouté le gouvernement donner des directives claires. Et ordonner l’exact opposé le lendemain. J’ai entendu les soupirs d’exaspération de tous ces soignants. Alors je me suis dit que ce n’était plus suffisant de ne rien pouvoir faire.

J’ai écrit un morceau pour eux. Pour leur rendre hommage. Pour les soutenir, les épauler. Leur tendre l’oreille et leur prêter une voix. Pour dénoncer leurs conditions et me battre pour eux. A ma façon. Ce n’est pas grand-chose, mais ce n’est pas rien.

Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer votre carrière dans la musique ?

J’étais un gamin un peu perdu. Je me posais des questions plus grosses que moi sur le sens de la vie. Cette quête existentielle m’a poussé à rejeter les conventions, le système scolaire et la société en générale.
Comme vous pouvez l’imaginer, ça ne m’a pas amené sur des sentiers fleuris, et mes problèmes ont culminé par mon renvoi définitif du lycée. L’étiquette de Pauvre Diable me collait à la peau.

Cet électrochoc m’a fait réaliser que mes choix de vie ne me menaient nulle part. Je n’étais pas plus proche de découvrir le sens de notre présence sur Terre. La seule chose qui était sûre c’est que j’étais en train de gâcher ma vie, et celle de mes proches.

Alors j’ai fait le choix de rentrer dans le moule, et de faire ce qui était attendu de moi. Un peu par vengeance, je suis retourné en classes préparatoires dans le lycée qui m’avait renvoyé, et je me suis consacré complètement à mes études pour garder mes questions existentielles à distance. J’ai intégré l’École Polytechnique, et suis parti à Londres pour y devenir “quantitative trader”.

Au bout de 10 ans de cette carrière, j’ai fait une pause. Toutes mes questions existentielles m’ont rattrapées. J’ai réalisé que ça faisait 15 ans que je n’avais rien écrit. Rien composé. Je me suis regardé dans le miroir, et j’y ai vu un pauvre hère qui avançait dans la vie au rythme du script écrit par quelqu’un d’autre. J’étais devenu un Pauvre Diable à mes propres yeux.

Alors j’ai tout abandonné, maison, carrière, pays. J’ai décidé de commencer à vivre et de me consacrer à la musique à plein temps.

Je ne sais pas si j’y trouverai la réponse aux mystères de l’existence, mais au moins c’est un chemin qui résonne profondément en moi.

Êtes-vous auteur, compositeur, interprète, producteur, ou le tout à la fois ?

Oui, pour la grande majorité de mes morceaux, je suis auteur, compositeur, interprète et producteur. Le processus initial est tellement intense pour moi que c’est trop difficile de le partager. L’émotion n’est pas encore assimilée, et je me sens trop fragile, mis à nu, pour la partager.

Mais lorsque j’ai fini un morceau, je me sens plus apaisé, et je ressens parfois que l’apport d’un autre musicien (un ami ou ma sœur) pourrait amener quelque chose de beau. Du coup sur quelques-uns de mes titres, vous pourrez entendre un autre pianiste ou violoniste par exemple.

Où vous-voyez-vous dans 5 ans ?

Encore à écrire et composer !

Quelle est pour vous la plus grosse difficulté pour se faire connaitre de nos jours ?

C’est la capacité d’attention. Les nouveaux moyens de communication ont abattu de nombreuses barrières, mais exigent malheureusement un type de contenu très étroit. Il est très facile de transmettre un message bref et simple (une phrase d’injure, une image sexy, etc…), mais très difficile de véhiculer un contenu plus complexe.

Je n’écris pas de la pop conventionnelle, avec trois notes qui rentrent dans la tête en cinq secondes. J’essaye d’écrire des textes qui ont du sens, qui font réfléchir. La majorité des gens qui écoutent mes morceaux en entier, en écoutant les paroles, sont réellement touchés. Mais à l’heure actuelle, donner trois minutes d’attention est de plus en plus difficile. Nous croulons en permanence sous un flot d’images et de textes ultra condensés, ultra percutants, optimisé à la virgule près pour atteindre nos reflexes émotionnels, nos instincts animaux. Pas le temps d’attendre que la lente machinerie du cortex se mette en route.

Donc ma plus grosse difficulté est de trouver des gens capables de faire une pause de trois minutes, pour réellement écouter un morceau. La contrepartie, c’est que ceux qui ont pu faire cet effort deviennent souvent réellement intéressés, et même engagés dans mon projet musical.

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  • Création : 24/6/2020
  • Mise à jour : 24/6/2020

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