Glauque, « faire passer une émotion »

Glauque est une petite bombe belge qui déferle lentement mais sûrement sur la sphère hip hop, brouillant les genres convenus et les pistes électroniques pour tendre vers l’hybride. Sortis du bois fin 2018, les cinq Namurois – copains, frères ou collocs ! – n’ont dévoilé que deux morceaux, Robot et Plane, mais enchainent les dates avec une force scénique remarquable. Entretien avec Louis, chanteur.


Glauque est un projet musical réfléchi ou un coup de tête heureux ?

La formation à cinq, c’est plutôt un coup de tête heureux, du moins un hasard. On a commencé à deux, avec un ami de mon frère en septembre 2017, mais pour notre premier concert en février 2018, on voulait un vrai live. C’est là qu’on a adopté la formation à cinq et on ne l’a plus vraiment quittée. Tout naturellement, on a trouvé qu’on travaillait bien ensemble.


On vous classe généralement dans le rap. N’est-ce pas réducteur ?

Comme toutes les classifications, ça a du sens en tant qu’auditeur, mais toute classification est compliquée pour tous les types de musique car les genres se croisent. C’est réducteur de dire rap, mais comme ça l’est pour électro ou chanson française. Disons que c’est une étiquette assez facile et plus visuelle que si on disait qu’on fait du rap sur de l’électro. On ne s’est jamais demandé quel est notre type de musique, c’est un souci d’auditeur mais pas de créateur.


On a l’impression que l’esthétique musicale vous importe peu, comme si l’expression l’emportait sur le reste…

La base de notre musique, c’est de faire passer une émotion. La finalité de notre travail – et on ne pense pas y être arrivé sur nos deux premiers morceaux -, c’est de donner une place aussi importante au propos qu’à la musique.


On pense à Odezenne pour le côté rap hybride, mais aussi à Fauve, surtout dans la manière de scander vos textes. Partagez-vous la même urgence viscérale de dire ?

On nous a souvent comparés à Fauve et il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre pourquoi. Fauve n’est pas un groupe que je porte spécialement dans mon cœur et que j’ai beaucoup écouté, mais le point commun que l’on a sûrement avec eux, c’est cette urgence de dire les choses et cette espèce de propos sans chute. Mais honnêtement, je ne me reconnais pas dans leur style d’écriture ni dans leur identité. Pour autant, c’était un des premiers groupes en France à jouer une musique faisant passer les sentiments avant tout.





Suivez-vous une veine d’écriture particulière ?

C’est très compliqué, parce que par exemple j’adore écouter de l’egotrip. Comme beaucoup, je suis issu d’un tas d’artistes que j’écoute, qui m’influencent d’une manière ou d’une autre. Je sais que quand je ne suis pas inspiré, plutôt que d’écouter de la musique, je lis des livres parce que c’est plus facile pour moi de trouver des thèmes. Il n’y a pas de formule magique ou de méthode d’écriture précise, c’est très instinctif.


Quels sont vos thèmes de prédilection ?
J’ai une grosse obsession pour le passé, la mélancolie, le regret. En tout cas, ce qui revient énormément, c’est la notion de temps.


Le terme « glauque » a un double sens. Avez-vous un côté un peu lugubre ?

C’est toujours la merde pour trouver un nom de groupe ! Les noms de groupe, c’est toujours un peu de la merde ! Si tu veux un nom magnifique, il faut y passer des mois, et encore tu n’es pas sûr du résultat. Notre nom, on l’a trouvé sur un coup de tête en trouvant ça marrant, parce que mon frère avait découvert deux jours avant que c’était une couleur… On trouvait que ça sonnait bien et on s’est dit que les gens allaient penser que l’on parlait d’un truc alors que c’en est un autre. Finalement, avoir un double sens pour des chansons en français, ça nous allait bien. Ce n’est pas tant les deux sens précis de Glauque qui nous importent, mais le fait que le terme ait deux sens, comme généralement on peut trouver plusieurs sens à un mot, à une phrase…


Votre truc, c’est d’abord la scène ?

On s’est créé par la scène et on s’est tous concentrés là-dessus depuis le début, mais aujourd’hui, même si le live reste important pour nous, on a davantage envie de se poser en studio, de fixer des choses. Au départ, c’était un moyen de sortir de notre zone de confort, et c’est finalement devenu un plaisir assez rassurant, car on en a l’habitude. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on sait faire, mais on fait pas mal de dates et on adore.


Comment expliquez-vous que les artistes belges soient si en vue sur la scène francophone ?

Je ne pense pas que ce soit une question de qualité musicale, ça a toujours été là. Depuis Stromae qui a ouvert la voie, la France regarde la Belgique et c’est un phénomène qui n’existait pas il y a 10-15 ans ; ce n’est pas du snobisme, c’est juste parce que le public s’en foutait de ce qui se passait en Belgique. Et puis ça a été renforcé par le fait que Stromae était un des premiers à exploser en chantant en français, sans être considéré comme un vieil has been par le grand public. De fait il y a tout ce pan de musique en français qui est devenu à la mode chez nous, ce qui a fait que tous les nouveaux artistes ont été connotés Stromae, jusqu’à la vague de rap qui a explosé, avec Roméo Elvis ou Caballero & JeanJass, et eux ont eu l’avantage d’avoir un vrai univers qu’aucun rappeur français n’avait auparavant. Ça leur a facilité la tâche d’être Belge car on peut se le dire maintenant, c’est cool d’être Belge dans le milieu de la musique !


Un album en préparation ?

On est en train d’y travailler mais on travaille aussi sur d’autres sorties qui viendront avant. Mais ça prend du temps et c’est un truc que l’on a pas pris le temps de faire avant…


Glauque au Cabaret Vert

Photos © Romain Vennekens

musique
  • Création : 4/12/2019
  • Mise à jour : 4/12/2019

Xavier Mortimer : Interview d'un grand magicien !

Xavier Mortimer est un prestidigitateur et comédien français, né le 20 juin 1980 à Briançon dans les Hautes-Alpes. Pour vous, voici une interview de ce magicien de talent...

spectacle - 6.4.2020

Jessy Benjamin, « J’aime beaucoup rire de moi »

En mars, à Nantes, se jouent Les Eclats Francophones, quatre concerts pour fêter la création musicale autour de la langue française à travers le monde. La première date – samedi 14...

musique - 11.3.2020

Rétropédalage !! Regard arrière sur Premiers Plans

Le festival Premiers Plans s’est déroulé à Angers du 17 au 26 janvier 2020. Zélie Gomez est allée à la rencontre des réalisateurs français de premiers courts-métrages. Pour le magazine...

cinéma - 10.2.2020

Tout savoir sur sceno.fr

www.sceno.fr • AideEn savoir plus