THEOPHILE, « J’écris sur ce qui me rend triste ou me révolte, mais j’y apporte toujours une lueur d’espoir. »

Difficile de rester de marbre à l’écoute des chansons de THEOPHILE. L’Angevin a la vingtaine et déjà un univers bien à lui qui puise tant dans la chanson française que dans des sons modernes, de la pop à l’électro. Depuis 2016, il arpente les scènes, faisant les premières parties de Vanessa Paradis, Arthur H, Gaël Faye ou Juliette.

Avec ses lunettes et son bonnet révélant une longue tignasse, on le reconnaît entre tous et sa voix nous le confirme volontiers. En octobre, THEOPHILE sort son 1er EP, un disque aux textes ciselés et profonds, tout en finesse et volupté. Poète sûrement, rêveur aussi, surtout humain et réfléchi. Un bijou à suivre. Rencontre.





Vous avez grandi à Rablay-sur-Layon, un village connu pour sa dynamique associative et culturelle. Que gardez-vous comme souvenir(s) de ce bain d’enfance?

Théophile : J’en garde forcément des souvenirs, mais comme j’y ai grandi, je n’y voyais rien de spécial ! Effectivement, il y a une grande part associative, c’est un village où tout le monde se parle, il se passe plein de choses culturelles, associatives. Forcément j’ai été bercé là-dedans. J’ai participé en tant que festivalier au Festival de Rablay et j’ai fait mon tout premier concert là bas en Off il y a très longtemps.


Quand vous jouiez avec Hugo Séchet dans Gram Astram, pensiez-vous déjà à vous exprimer en solo ?

C’est venu au fil des années car c’est grâce à ce duo que j’ai construit mon identité musicale. Au fur et à mesure, à la fin de Gram Astram, Hugo était parti faire des projets de son côté et j’avais aussi envie de faire des choses par moi-même.


On vous a vu mûrir peu à peu, de l’équipe Espoir du Chabada aux titres sortis au compte-goutte, jusqu’à cet EP. Que s’est-il passé pendant ce temps ?

Pendant ce temps, j’ai créé tout l’univers de THEOPHILE. J’ai appris à faire de la musique assistée par ordinateur par moi-même, j’ai donc mis du temps à monter le projet. Puis j’ai rencontré Nino Vella (Babel) et c’est lui qui a donné une autre dimension aux productions musicales que j’avais réalisées. Il m’a fait rencontrer du monde et au fur et à mesure, je me suis entouré. En travaillant avec Nino, j’ai passé un palier. En plus d’être un copain, c’est un très bon réalisateur. Son regard a rendu mes chansons plus professionnelles et m’a permis de plaire à certaines personnes du milieu.





Cet EP, c’est vous de A à Z ?

Je fais tout de A à Z, la composition, l’écriture, l’interprétation… Et ensuite je frappe chez Nino pour retravailler les morceaux, trouver d’autres sons ou embellir ceux que j’ai. Avoir son point de vue est très important aussi.


Avez-vous fait des concessions, dans l’écriture ou la composition ?

Pas du tout. Je suis arrivé chez Nino avec toutes les compositions et l’écriture des textes, on a juste fait les arrangements. On a fait une chanson par jour, ça a été très rapide. On n’a pas réfléchi et c’est peut-être pour ça que ça marche car quand on réfléchit trop, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas.


Qu’est-ce qui vous motive dans le fait d’écrire une chanson ?

À la base j’ai commencé à écrire parce que j’avais besoin de mettre sur papier ce que je pensais et éprouvais. Ce qui me motive, c’est pouvoir exprimer ce que je ressens envers d’autres personnes, par rapport à tout ce qui m’entoure, et pouvoir créer un univers à côté qui ait un impact un peu différent. Le rapport à mes proches est très important, mais faire ressentir aux autres ce que je perçois l’est aussi.





Qu’est-ce qui donne une tonalité à une chanson de THEOPHILE ?

L’émotion. Pour l’instant, des émotions un peu sombres car en règle générale, j’écris sur ce qui me rend triste ou me révolte, mais j’y apporte toujours une lueur d’espoir. Je tente d’embellir la tristesse.


Vous n’êtes pas engagé pour autant ?

L’engagement est toujours une question compliquée. Être engagé a une connotation très forte. Je mets seulement ce que je ressens sur papier, de là à dire que c’est de l’engagement, c’est au public d’en juger. En tout cas, j’essaie toujours d’emmener quelque chose de positif, je ne tape pas sur quelque chose pour l’enfoncer encore.


C’est un côté clair-obscur que vous souhaitez mettre en avant ?

Oui car c’est dans ma personnalité. Je suis quelqu’un de très positif : même quand il arrive de mauvaises choses, il y en a toujours de bonnes à prendre. J’arrive toujours à voir du clair dans l’obscur et ça se ressent forcément dans l’écriture.





Vos sources d’inspiration. Plutôt friand d’actualité ou plutôt à l’écoute des autres ?

Surtout mon rapport aux autres. L’actualité entre en ligne de compte puisqu’elle joue sur les gens mais ce sont les gens qui m’inspirent, même si l’actualité en fait partie intégrante.


Quels artistes vous ont inspiré ?

Dans les textes, ce qui m’a touché plus jeune, c’est un album de Cabadzi, mais aussi l’univers de Ben Mazué ou de Noir Désir. À partir du moment où il y a une sincérité, une sorte de conscience, que la personne livre quelque chose, ça me touche.


Les chanteurs sont souvent pudiques, mais certains se « déshabillent » grâce à leur texte. Est-ce votre cas ?

Dans la vie de tous les jours, j’ai aucun souci à parler de mes problèmes, mais par la musique, ça permet d’aller encore plus loin.

Vous parlez davantage des autres que de vous…

C’est vrai. Avant ce projet THEOPHILE, je parlais davantage de moi, mais aujourd’hui, ce sont les autres qui me touchent car pour ma part, je vais bien ! Peut-être que je parlerai plus de moi prochainement, ce n’est pas forcément que je n’arrive pas à m’exprimer, mais ce qui me touche, c’est ce que je vois par rapport aux autres.




Vos morceaux sont truffés de petits sons, d’ici, du monde, électroniques. Des touches qui illuminent. Comment avez-vous trouvé cette patte si particulière ?

Je ne sais pas, j’avoue beaucoup aimer l’habillage d’une chanson quand on la compose, elle a une certaine finition. Mais en fait, de l’habiller avec tous ces petits sons qui viennent de partout, ça permet de mélanger des styles, de ne pas rester dans ce qu’on fait tout le temps. C’est quelque chose que je recherche mais qui se fait aussi naturellement. Avec Nino justement, on en discute. J’aime beaucoup ça.

Vous sentez-vous comme un explorateur dans le monde de la musique ?

Explorateur… sûrement. Toujours à la recherche de quelque chose en tout cas : des sons, un habillage… De là à recréer quelque chose de bout en bout, ce n’est pas toujours simple. En tout cas j’essaye de prendre des idées un peu partout, de mélanger des styles, de mixer des choses qui n’ont pas encore été faites, et d’amener ma patte.




Vous êtes guitariste à la base. Mais Théophile c’est aussi une voix, jamais cachée derrière un paravent d’arrangements. L’avez-vous travaillée ?

Je n’ai jamais vraiment travaillé ma voix, jamais pris de cours de chant et au fur et à mesure, j’essaie de découvrir et d’essayer de nouveaux trucs quitte parfois à me planter parce que ça ne marche pas. C’est en composant beaucoup de morceaux que j’ai appris à connaître ma voix et à la développer en autodidacte.

Êtes-vous à l’aise avec votre voix ?

De plus en plus car j’ai l’impression que mon instrument principal est la voix plus que la guitare. Au tout début, ma voix était beaucoup moins forte et petit à petit, je l’ai plus mise en avant et elle est devenue très importante dans le projet. Je sais que ce qui me plait quand j’écoute un morceau, ce sont les paroles, l’univers, les mélodies de voix…




Comment la poésie est arrivée dans votre vie ?

Au collège, je passais beaucoup de temps à regarder des proverbes et des phrases toutes faites. Je trouvais ça très drôle et aussi énorme de pouvoir écrire des pensées en une phrase. Alors j’ai commencé à écrire des poèmes très simples au début. J’ai toujours trouvé très joli de réussir à raconter des choses avec des mots en parlant, mais écrire un univers, une poésie et parvenir à faire ressortir une émotion, c’est encore plus génial. La poésie des chanteurs m’a davantage inspiré que les textes d’auteurs : les Ferré, les Bashung, les Thiéfaine…

On convoque d’ailleurs souvent Alain Bashung, Dominique A ou Bertrand Belin pour parler de vous. Ça vous agace ?

Pas du tout ! Quand je lis ou écoute une présentation d’artiste, je suis le premier à aimer avoir des références, peut-être pas des comparaisons, mais des influences. Ça me fait super plaisir !

Vous avez un pied sur la scène, un pied dans la technique. Comment vous voyez-vous à 30 ans ?

Je n’en sais rien ! C’est très compliqué de savoir comment va évoluer un projet, malgré tous les efforts qu’on y met. Aujourd’hui, je suis très content de faire de la technique et de la musique ; si je ne faisais que de la musique, ce serait encore mieux. Mais à 30 ans, j’espère faire davantage de musique et encore un petit peu de technique, parce que j’aime ça !




Gardez-vous un souvenir particulier de vos premières parties ?

Mon meilleur souvenir est la rencontre avec Gaël Faye. Je suis arrivé dans la salle pendant ses balances et il a sauté de la scène pour venir me saluer. Il avait écouté et apprécié ce que je faisais et ça m’a vraiment touché. L’accueil était tellement sincère et chouette, lui tellement gentil que ça m’a beaucoup marqué. Même si c’est sensé être quelque chose de normal, on ne voit pas toujours ce genre de comportement.

La playlist du moment ?

En ce moment, j’écoute Glass Animals, Terrenoire, et toujours du Noir Désir. J’écoute pas mal de choses actuelles ; j’essaye d’écouter beaucoup la radio car beaucoup de sons m’inspirent : tout ne me plait pas, surtout dans les paroles, mais instrumentalement, c’est engageant.

www.facebook.com/theophilemusicofficiel

musique
  • Création : 8/10/2019
  • Mise à jour : 8/10/2019

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