Eric Audusseau, « faire découvrir la création artistique à travers la diversité »

Venu de la Soufflerie, scène conventionnée de Rezé, Eric Audusseau est le nouveau directeur artistique de Scènes de Pays dans les Mauges. Il a pris l’an passé la suite de Marie-Annick Mainguy, à la tête de la structure depuis sa création, il y a 20 ans. Il affiche aujourd’hui sa première saison culturelle, riche de 45 spectacles et plus du double de représentations. Décryptage.


Pourquoi avoir quitté votre poste de directeur adjoint à La Soufflerie, d’autant que cette entité a été impulsée il y a deux ans seulement ?

Effectivement, la Soufflerie est une entité jeune, mais j’y ai travaillé auparavant sous l’entité de l’Arc. J’y suis rentré en 2001 en tant qu’emploi jeune et y ai exercé diverses fonctions, notamment l’accueil des artistes, les relations publiques. J’ai eu la belle opportunité d’évoluer au sein de cette structure mais après 16 ans, j’avais envie de me lancer un nouveau défi. Rien ne m’obligeait à partir de Rezé, mais j’avais le sentiment d’avoir fait un peu le tour de mon poste. Pour une structure, il est bien que les personnes s’investissent suffisamment longtemps pour travailler sur un projet mais qu’à la fois, elles laissent leur place à un moment donné pour renouveler les projets, les partenariats.

Il y avait aussi cette volonté de tenter une nouvelle aventure professionnelle et travailler sur d’autres problématiques, notamment celle du milieu rural. C’est une vision très différente et les Mauges est mon territoire d’origine. De plus, la Soufflerie avait une programmation centrée sur la musique avec un projet vocal, musical ; aujourd’hui j’ai la possibilité de travailler sur un projet pluridisciplinaire.





Qu’est-ce qui vous anime en tant que programmateur ?

Ce qui m’anime, c’est de faire découvrir la création artistique à travers la diversité. Je souhaite proposer la pluralité, la créativité présente dans le milieu artistique et toujours faire en sorte qu’elle soit le plus accessible possible. Je viens d’un milieu rural, qui n’était pas très culturel, j’ai donc le souci constant de l’accessibilité.


Les Mauges est un bassin aussi rural qu’urbain. Comment le prenez-vous en compte dans votre souci de diversité ?

C’est à la fois dans le contenu artistique que je cherche à avoir cette pluralité, cette palette d’émotions, de plaisir que les artistes vont procurer. Et puis également faire en sorte que chaque proposition trouve sa place au bon endroit puisqu’on circule sur tout le territoire des Mauges. Il faut tenir compte des initiatives locales, des dynamiques ou encore de la réalité des lieux que l’on a sur le territoire.

C’est donc un vrai travail de puzzle, de composition entre des opportunités artistiques, des dynamiques, des équilibres de saisons. On est vraiment dans ce tricotage pendant une année pour construire la saison à venir. Je travaille beaucoup sur cette complémentarité, je crois beaucoup aux partenariats, à ce que chaque concert, chaque spectacle accueilli puisse faire l’objet de projets partagés avec le territoire. C’est ainsi que l’on amène de nouveaux publics à fréquenter nos salles.





Malgré le cahier des charges propre à Scènes de pays, êtes-vous parvenu à exprimer votre propre sensibilité ?

Pour une première année, ce n’est pas toujours évident. J’ai essayé de m’inscrire dans une filiation, dans une continuité de projets de Scènes de Pays, pour ne pas créer de rupture. Malgré cela, je crois tout de même avoir apporté quelques nouveautés dans des couleurs de spectacles. Dans cette nouvelle saison, il y a notamment des partenariats qui ont été développés dans le champ des musiques actuelles, dans l’axe de la programmation de la famille, des arts du cirque… Des petites touches, mais c’est un travail qui se fait au long cours.


Dans les précédentes saisons, les concerts étaient principalement axés sur la musique baroque, classique ou du monde. Aujourd’hui il semble y avoir une volonté de toucher le public jeune, adolescents et jeunes adultes ?

Il y a effectivement cette volonté de renouveler le public. De conserver l’ensemble des générations, mais il me semblait qu’il y avait des endroits qui pouvaient être encore à creuser, à travailler. Les musiques baroques, les musiques du monde resteront toujours des esthétiques présentes mais moins figées à des endroits qu’elles ne l’étaient auparavant.

Je crois aussi beaucoup à la circulation des formes, des esthétiques sur le territoire des Mauges, pour faire en sorte qu’il y ait un équilibre des esthétiques sur tout le territoire. Il y a de nouveaux partenaires comme le Rivage des Voix et les Z’Eclectiques, avec qui j’avais envie de travailler, des alliances qui seront encore développées l’année prochaine.


Pouvez-vous nous éclairer sur les artistes invités cette saison, comme Mathieu Delaunay ou Julie Nioche ?

Mathieu Delaunay est installé à Angers, c’est un musicien, concepteur d’ambiance sonore. Julie Nioche est danseuse et chorégraphe ; elle s’est installée à Nantes récemment. Ce qui m’a intéressé chez l’un et l’autre, ce sont leurs formes participatives, des formes qui venaient dialoguer avec le territoire. Mathieu va venir présenter le spectacle Silence devant les scolaires et en parallèle il sera en résidence sur sa prochaine création où il va venir interroger le milieu agricole sur son rapport à l’animal, vivant et mort. Julie Nioche travaille sur la danse, le lien avec le corps, le toucher. Avec cette volonté qu’ils ont d’emmener le public d’aller vers des formes plus contemporaines, peut-être plus difficiles en sollicitant la participation des habitants.





Des coups de cœur sur cette saison ?

Question très difficile car la programmation n’est jamais faite par défaut et que le coup de cœur peut aussi bien être artistique qu’à d’autres endroits. Mais il y a des satisfactions comme lorsque l’on s’inscrit dans des tournées nationales et internationales. C’est notamment le cas de la Cie Hotel Modern venue des Pays Bas, qui présente un spectacle sur la Grande Guerre qui tourne dans le monde entier. Je suis plutôt fier de les accueillir car ils ne font que 4-5 dates en France dont La Loge à Beaupréau.

Il y a aussi Ciocarlia, une magnifique fanfare roumaine qui passera dans le cadre d’une belle collaboration avec La Folle Journée. Ensuite il y a un très beau spectacle de Luc Petton, Ainsi la nuit, qui s’inscrit dans le cadre d’un projet autour des animaux nocturnes ; un exemple de spectacle remarquable dans la création aujourd’hui. Il y a des têtes d’affiche comme Clémentine Célarié, Julie Zénatti ou Arthur Jugnot, qu’il est toujours agréable d’accueillir, mais aussi de petites formes qui sont de petites pépites à découvrir.


Peut-on s’attendre à des changements, à une tonalité particulière sur les saisons à venir ?

C’est encore un peu tôt pour le dire, puisque j’attends de voir comment débute cette première saison. Mais je tends vers cette continuité de partenariats, ouvrir des temps, comme j’ai commencé à le faire cette année, avec des scènes dépaysées qui sont des ouvertures dans la saison pour travailler avec le territoire. D’autres développements sont à penser avec le patrimoine local notamment mais je ne peux pas encore m’avancer.



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  • Création : 29/10/2018
  • Mise à jour : 29/10/2018

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