La Note Américaine : quand le FBI faisait ses gammes

Remarquable. C’est l’adjectif qui vient immédiatement à l’esprit à l’heure d’évoquer La Note Américaine, le livre que viennent de publier les éditions du Globe. Fruit du travail d’enquête du journaliste David Grann, il éclaire d’un jour nouveau la tragédie vécue par le peuple osage dans la première moitié du XXe siècle en même que les dessous de la création du FBI.


Chassés. Soumis. Parqués. Beaucoup a été écrit sur les guerres indiennes et la manière dont les peuples autochtones ont été bordurés par le gouvernement fédéral américain. Un traitement de « faveur » qui a conduit la nation indienne aux portions congrues du territoire nord-américain, souvent loin des grandes plaines qui ont fait leur légende.

Malgré les sommes littéraires et documentaires produites, il reste encore de nombreuses zones d’ombre sur la question, mais le journaliste et écrivain David Grann vient d’en lever une importante. Novelliste reconnu et collaborateur de l’excellent New Yorker, l’homme s’est plongé corps et âme dans l’une des plus sombres et passionnantes histoires liées à la condition indienne.





Quand le pétrole coulait à flot

La Note Américaine ne joue pas sa partition au temps du Far West (on ne saurait que trop recommander, sur cette période, l’inimitable Méridien de sang de Cormac MacCarthy ou l’improbable Montana 1848 de Larry Watson), mais un demi-siècle après la création de la plupart des réserves indiennes du continent américain. A l’extrême nord de l’Oklahoma (un état du centre, situé au nord du Texas), le peuple osage a miraculeusement échappé à la lente agonie des tribus indiennes, l’état fédéral lui accordant un territoire faits de roches. Sous ces roches, le plus grand gisement de pétrole des Etats-Unis. Les osages deviennent millionnaires en même temps qu’ils attisent les convoitises des blancs, qui ne les considèrent encore la plupart du temps que comme du bétail.


D’un massacre en règle au pouvoir en action…

Un racisme pur et dur à prendre en considération dans les années 1920, qui auront vu les assassinats, explosions et morts étranges se succéder, au sein de la communauté osage. C’est sur l’hécatombe subie par la famille d’une femme osage, Mollie Burkhart, que David Grann s’appuie pour dérouler le fil tragique d’une extermination en règle des millionnaires indiens, à des fins financières. Les morts s’accumulent, la terreur grandit sans que les autorités locales ou judiciaires n’y puissent ou fassent rien. Les protecteurs blancs, William Hale en tête, seigneur des « collines osages » en font trop pour être honnêtes. L’affaire est embarrassante, le dossier brûlant, au point d’être confié au Bureau of Investigation (BOI), qui deviendra quelques années plus tard le FBI. A sa tête, un jeune homme ambitieux, radical qui entend faire de son administration le ferment d’un pouvoir personnel : John Edgar Hoover.



Mollie Burkhart (à droite) avec sa sœur Anna et sa mère Lizzie © David Grann

Un récit romanesque, une enquête minutieuse, une vraie tragédie

C’est dans le drame vécu par le peuple osage, l’efficacité et le professionnalisme des enquêtes menées par le BOI, autour du charismatique Tom White, et la traduction des coupables devant la justice que l’on trouve les fondations du FBI. Et la genèse d’un pouvoir, celui d’Hoover, qui survivra à huit présidents américains.

Au gré d’un récit nourri de force documents et témoignages, c’est tout cela que David Grann raconte. Mieux, son écriture fluide offre à lire une galerie de portraits digne des plus beaux héros de romans. Mais c’est bien dans la réalité que s’ancre La Note Américaine. Et l’enquête minutieuse, sensible et implacable de Grann amène à des conclusions plus sombres encore que ce que les 250 premières pages du livre laissent à entendre…

S.R.


La Note Américaine de David Grann, Editions du Globe, 22 €

www.editions-globe.com

littérature
  • Création : 15/3/2018
  • Mise à jour : 15/3/2018

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