Mathieu Madénian « La seule exigence que j’ai de moi-même, c’est d’être marrant. »

Depuis deux ans, Mathieu Madénian trace la route avec son 2ème one man show, En État d’urgence, qu’il renouvelle au fil des dates. Depuis ses premières apparitions dans Un gars Une fille il y a 15 ans, l’humoriste a bien creusé sa place sur scène, en radio et notamment à la télévision, de l’émission Vivement Dimanche aux Terriens de Thierry Ardison, en passant par la chronique quotidienne qu’il réalise avec Thomas VDB sur la chaine W9.

Mais Mathieu Madénian est un homme de scène et c’est dans le spectacle vivant qu’il se révèle encore le mieux. On aura l’occasion de s’en convaincre en février, lors de son passage à Angers.





Comment êtes-vous passé de la criminologie à l’humour ?

Je faisais mes études dans le sud, et tous les étés, je faisais des spectacles. Dès que j’avais un break dans mes études, je montais sur scène. Et puis à la fin de mes études, comme beaucoup de personnes, je me suis accordé une année sabbatique et cette année sabbatique dure depuis 15 ans maintenant. Tout simplement !


En état d’urgence aborde l’actualité et votre vie de manière plus personnelle. Que faut-il comprendre ?

Le premier spectacle était sur ma montée à Paris et le deuxième, je me livre un peu plus. Je l’ai écrit avec Kader Aoun et avec Kader, on discute d’abord d’un sujet qu’on a envie d’aborder avant de penser aux blagues. Dans ce spectacle, c’est le fait d’avoir 40 ans, de vieillir un peu, de voir la nouvelle génération faire du vélo avec des casques mais regarder des vidéos pornos sur internet. Les paradoxes comme ça. Les nouvelles modes alimentaires qui nous tombent dessus, le réchauffement climatique… Je fais partie de la génération d’entre-deux et les sujets invraisemblables ne manquent pas.
C’est dur de parler d’un spectacle que tu as écrit, c’est comme quand on te demande si tu as la grosse tête, ce n’est pas à toi de répondre !





Vous sentez-vous le besoin d’exorciser certains sujets de votre vie sur scène ?

Non, il ne faut pas exagérer, ce n’est pas une psychothérapie de monter sur scène. Je ne vais pas monter sur scène pour mieux vivre, il y a des boulots qui permettent ça, ça s’appelle des psychologues ! Là c’est une psychothérapie mais ce sont les gens qui paient. Il ne faut peut-être pas aller plus loin que ce que c’est : un spectacle comique. La seule chose à voir là-dedans, c’est que je fais un métier qui me plait.


Mais vous avez souvent tendance à vous dénigrer. Un manque de satisfaction ?

Quand je serai satisfait de moi-même, j’arrêterai de faire ce métier, c’est peut-être ça ! J’ai toujours envie d’explorer des nouvelles voies, c’est ce qui m’excite dans ce métier. Ne pas rester figé. C’est aussi peut-être la raison pour laquelle je bosse chez Charlie Hebdo en même temps, que je continue à faire des séries, des chroniques à la télé, d’autres choses que monter sur scène.


Cela fait trois ans que vous tournez ce spectacle. N’est-ce pas parfois lassant vous qui aimez la nouveauté ?

Non parce que c’est un spectacle qui change tout le temps et je ne peux pas me permettre de dire que je suis lassé par mon métier. Quand je monte sur scène, ça dure 1h30 et il y a des gens qui bossent à l’usine de 8h à 18h, que devraient-ils dire ?! Je ne peux pas me plaindre, ce serait déplacé.
Vous abordez l’actualité dans des chroniques avec Thomas VdB ou sur le plateau de Thierry Ardison.





Est-ce plus facile de faire rire avec l’actualité qu’avec sa propre vie ?

Peut-être. Parce que l’actualité est une source d’inspiration permanente. Le problème avec l’actualité, c’est qu’il faut qu’il y ait un temps entre l’événement et la blague pour que les gens puissent rire. Il faut faire très attention à cela. Aujourd’hui, on peut faire des blagues sur l’affaire Grégory, sur Xavier Dupont de Ligonnès, mais blaguer sur les balance ton porc et le harcèlement sexuel, c’est encore glissant, il faut encore faire attention. C’est facile d’écrire, mais il faut laisser un laps de temps pour permettre aux gens d’encaisser l’actualité et d’en rire. Je ne parle de ma vie que pour faire des parallèles.


Comment abordez-vous l’écriture dans les différents exercices – scène, télé, journaux… ?

C’est la même chose. Le but c’est d’être marrant et de faire passer un message. Seule la forme change. Avec Thomas, c’est deux abrutis devant une caméra qui racontent des histoires ; sur scène, c’est un autre personnage. Dans Charlie Hebdo, c’est à l’écrit. Mais le fond et le ton restent les mêmes. Je pars d’une idée pour développer un propos et des blagues. Le train est différent, mais la direction est la même.


Pourra-t-on vous voir un jour en duo avec Thomas Vdb sur scène ?

On parle d’un vrai duo en spectacle, on va commencer à écrire ensemble. Mais encore un fois, Thomas a un rôle principal pendant un moment, là j’ai été le rejoindre à Bergerac, j’ai fait sa première partie et on a joué 20-30 minutes tous les deux sur scène. On a toujours joué sur scène tous les deux, c’est comme ça qu’on a vu que ça marchait bien. Mais on espère faire un vrai spectacle, encore faut-il trouver le temps et faire quelque chose qui ne soit pas décevant, que ce soit pour nous et le public qui attend de nous retrouver sur scène. On veut faire quelque chose de bien !





Comment, en tant qu’humoriste, on arrive à passer d’une chronique chez Drucker à une carte postale dans Charlie Hebdo ?

Le grand écart… c’est marrant ! J’étais pote avec Charb et il aimait bien ce que je faisais chez Drucker et c’est tout simplement qu’il m’a proposé de bosser à Charlie. Mais le dénominateur commun pour les deux, qui l’est aussi sur scène, c’est que je suis libre de faire ce que je veux et jamais personne ne me dit : « ne fais pas ça, ne fais pas ci ». Je peux ne pas être marrant, ne pas être percutant, mais la seule chose que j’exige, c’est d’être libre. Ce n’est pas pour autant que je vais aller au delà des limites légales en matière d’humour.


Y a-t-il un sujet que vous ne vous êtes jamais permis d’aborder ?

La seule exigence que j’ai de moi-même et des gens avec qui j’écris, c’est d’être marrant. Je ne suis ni philosophe, ni politologue, je suis un humoriste. On peut parler de ce qu’on veut mais il faut être marrant. Et je ne partirai pas sur la question à la mode : Peut-on rire de tout ?!


Mais vous avez en quelque sorte déjà été censuré, avec la chronique déprogrammée sur France 2…

Non ! Ce n’est pas vraiment de la censure. La patronne de France Télévision n’avait apparemment pas vu la chronique mais ne l’a pas trouvée marrante et encore moins, à 20h40. Le problème, c’est qu’elle s’en est aperçue 5 minutes avant la diffusion. Mais je n’ai pas eu l’impression d’être vraiment censuré. La preuve, c‘est que l’on est resté 5-6 mois à France Télévision et personne ne nous a jamais rien dit, on faisait ce qu’on voulait. On est ensuite allé sur W9, et même si ce n’était pas le même horaire, on n’a pas défrayé la chronique plus que cela. Il ne faut pas faire un faux procès à France Télé à ce niveau là. Si on en est là avec Thomas aujourd’hui, c’est aussi grâce à France Télévision car la chaine nous a permis de raconter ce qu’on voulait.





Entre la scène et la télé, quel exercice préférez-vous ?

La scène ! C’est pour cette raison que je suis monté à Paris et je considère la scène comme mon vrai métier. Je veux faire du spectacle vivant et voir des gens vivants !
C’est pourtant davantage une prise de risque d’être sur scène que par écran ou journal interposé…
Le seul risque, c’est de prendre un bide !


Ça arrive ?

Oui ça arrive souvent ! Tous les soirs, je bosse dans un petit bar où j’écris quelques trucs et bien sûr, je prends des bides ! Je n’opère pas des gens à cœur ouvert alors la vie est belle. Si le seul risque est de prendre un bide et d’avoir l’air con devant 400 personnes, ce n’est pas grave.


Défendez-vous l’audace dans l’humour ?

Effectivement, on est peut-être un peu des poils à gratter en ce moment… Il faut défendre l’audace quelle que soit la manière dont elle se décline. C’est ensuite au choix du public. Mais j’aime bien avoir des textes audacieux, l’exercice m’excite bien.





Quels humoristes vous ont poussé à faire ce métier ?

Un sketch de Dupontel, qui s’appelle Rambo, qui était passé dans l’émission Carnaval de Patrick Sébastien. J’étais gamin, j’ai vu ça et j’ai dit : « c’est ça que je veux faire comme métier ». Un déclic. Il y a d’autres humoristes qui m’ont inspiré, mais Dupontel représente pour moi le vrai artiste.


Quels sont ceux que vous suivez aujourd’hui ?

Des potes comme Thomas VDB, Odelaf et plein de mecs pas très connus. Je vois aussi des spectacles anglo-saxons, avec des stars de l’humour qui sont intéressantes car leur avis sur la société est toujours éclairé, marrant.


Vous ne vous comparez jamais dans le milieu de l’humour ?

Je suis jaloux du talent des autres parce qu’il y a des choses que je ne sais pas faire. Je ne pourrais pas dire exactement ce que fait Thomas, mais il fait des choses que je ne sais pas faire ! Odelaf joue de la guitare, il est très drôle, mais je ne sais pas faire. Après je ne traine pas trop dans le milieu de l’humour, j’ai ma vie à côté, tu ne me verras pas dans les soirées. Quand j’ai une soirée de libre, je suis chez moi, je regarde Netflix ou je suis avec des potes qui n’ont rien à voir avec l’humour et sont parfois plus marrants que beaucoup d’humoristes que je connais.



Photo couverture © Pascal ITO

spectacle
  • Création : 28/2/2018
  • Mise à jour : 28/2/2018

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