Mon traître en cases

Adaptée du roman de Sorj Chalandon, Mon Traître, la BD éponyme signée Pierre Alary donne corps aux acteurs du conflit qui opposa l’IRA à l’Angleterre : un fracas sanglant, sauvage, sans merci ni répit qui brisa les plus indéfectibles résistances et amitiés.


Le carnet de notes est grand ouvert : sur la page de gauche, des faits, dates et témoignages s’entassent. Une fois compilés puis intégrés, ils donneront un reportage en bonne et due forme.
Sur la page de droite, des impressions, des sentiments, des détails, de l’anecdotique et de l’intime. Une anti-matière journalistique, source de quelques-uns des excellents romans publiés par Sorj Chalandon, depuis une dizaine d’années.

Grand reporter pour Libération, prix Albert-Londres pour ses reportages sur le procès Klaus Barbie ou l’Irlande du Nord, l’homme est aussi écrivain : lorsque Mon traître paraît chez Grasset en 2008, Le Petit Bonzi et Une promesse (prix Médicis) l’ont déjà installé parmi les valeurs sûres du roman français.





A l’exact intersection de ses vies de journaliste et de romancier, Mon traître raconte l’histoire d’amitié qui naît, se construit, se renforce puis vole en éclats entre un luthier français inconditionnel de musique irlandaise, et l’un des leaders historiques de l’Armée républicaine irlandaise (IRA). Antoine et Tyrone, Tyrone et Antoine… Mon traître narre un combat rude, sanglant et complexe contre l’Angleterre. Elle conte une foi que l’on croit inébranlable en la cause, les sacrifices consentis par des familles entières, les zones d’ombre, la lumière sur une vérité et l’insondable peine qu’elle provoque.





Antoine est Sorj Chalandon, Tyrone est Denis Donaldson, à quelques libertés romancées près. Peu importe, Mon traître touche à l’intimité de son auteur. A son vécu, et ses émotions. Difficile dès lors de confier les mots que l’on a mis sur une douleur à un autre que soi. Chalandon l’a pourtant fait, accordant un blanc-seing presque total à Pierre Alary pour mettre son Traître en bulles, lui donner un corps, un visage. Dès la couverture, le résultat est saisissant : Antoine au premier plan, joue mal rasé, yeux baissées, comme Tyrone, au second plan, trouble derrière une vitre où ruisselle la pluie. Très remarqué avec l’excellente série Silas Corey (avec Fabien Nury au scénario), Pierre Alary signe une adaptation dense, juste et libre de l’œuvre de Sorj Chalandon. Les traits et les couleurs campent une atmosphère tout à fait réussie. Tyrone ne ressemble pas à Tyrone, ni Antoine à Antoine, mais le tout reste cohérent et fidèle à l’esprit, aux sources du conflit et de la trahison.





En même temps que Rue de Sèvres édite Mon traître, il adapte une autre œuvre, de Pierre Lemaître : Brigade Verhoeven « Rosie » inaugure une série tirée des romans policiers à succès de l’auteur d’Au Revoir là-haut. C’est signé Pascal Bertho et Yannick Corboz. Et c’est aussi un succès…

S.R.


Mon traitre de Pierre Alary & Sorj Chalandon, éditions Rue de Sèvres, 20 €

Lire aussi : Retour à Killibegs (Grasset), pendant à Mon traître, écrit du point de vue du traître.

littérature
  • Création : 26/2/2018
  • Mise à jour : 26/2/2018

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