Gabriel Saglio sort 'Le chant des rameurs', « un album aux chaudes couleurs du Sud »

Après des escapades musicales dans moultes contrées du monde, Gabriel Saglio s’arrête, le temps d’un nouvel album, sur le continent africain. Avec son groupe Les Vieilles Pies, le chanteur nantais présente Le chant des rameurs, onze titres qui accordent gracieusement chanson française et sonorités d’Afrique de l’Ouest. À découvrir vendredi 2 février 2018.







Vous avez beaucoup évolué musicalement. Vous étiez estampillé chanson française avec une instrumentation typique, et avez finalement glissé vers des contrées plus métissées. Aujourd’hui, ce n’est plus un simple glissement, vous semblez être totalement entré dans la famille chanson du monde, métissée. Était-ce une volonté ?

Tout cela s’est fait très progressivement. Nous étions un groupe de chanson française « typique » pour faire sauter les étudiants rennais, puis nous avons amené une touche de musique d’Europe de l’Est (la musique Klezmer), puis l’Afrique est arrivée là dedans…

Finalement, sur ce dernier album, nous avons cherché à clarifier notre esthétique musicale qui commençait à être un peu « fourre tout » en mettant de côté quelques unes de nos aspirations pour réaliser un album aux chaudes couleurs du Sud.

Il y a eu également dans le groupe l’arrivée de nouveaux musiciens et particulièrement celle de Toups Bebey aux percussions et au saxophone. C’est un très grand musicien qui a joué avec des très grands noms de la musique Africaine (Salif Keïta, Papa Wemba, etc.). Cela a renforcé notre son et confirmé ce virage que nous avions commencé à amorcer à l’album précédent.


Comment se sont faites et déroulées les rencontres avec Mamani Keïta, Sakouba Bambino et Christine Salem ?

Tout cela est une histoire de crédibilité. Trempolino nous a permis de rencontrer Timour Cardenas. C’est un ingénieur du son prestigieux qui à travailler avec Salif Keïta, Youssou N’Dour, Alpha Blondy, etc… Nous lui avons confié la finalisation du mixage de ce disque. Lorsque des noms références comme celui là sont apparus dans le projet, d’autres références importantes ont eu envie d’y croire. Les bonnes nouvelles se sont ensuite enchaînées…


Comment avez-vous découvert le texte Le chant des rameurs de Birago Diop ?

Dans une anthologie de la poésie africaine que l’on m’a offerte.





Vous avez sorti un 1er clip, Un bout de terre entre les doigts qui annonce clairement votre position sur l’accueil des migrants et au delà sur la lutte contre l’exclusion. Est-ce un sujet que vous avez particulièrement besoin de défendre ? Pour quelle(s) raison(s) ?

Ce morceau est effectivement un morceau qui me tient à coeur. C’était initialement un morceau écrit par l’un de mes frères, Camille. J’ai eu envie de le chanter, de l’arranger, de le mettre en image car c’est pour moi un sujet fort de notre actualité. On me parle beaucoup de ce besoin de « défendre » ou de « s’engager » sur ce sujet… Il est finalement surprenant que rappeler la souffrance d’un homme qui est déraciné, d’un père dont les enfants sont à des milliers de kilomètres, d’un mari dont la femme est sur un autre continent… que rappeler cette évidence soit un engagement ? Un tel constat basique m’engage ? […] Très bien, alors, je suis engagé…

Il est amusant que vous citiez ce terme de lutte contre l’exclusion car j’ai été bercé toute mon enfance par le combat de mes parents au sein de l’Association ATD Quart Monde. Tout cela doit voir un lien.


Au sujet du clip Un bout de terre entre les doigts, il mêle des images que vous avez tournées à Nantes et des extraits du documentaire de Yolande Moreau, Nulle part en France. Pourquoi ce choix ?

Je cherchais à alterner des belles images de Nantes et de cet ami sénégalais et, en même temps, je voulais montrer des images plus dures sur la migration. Le danger étant de tomber dans quelque chose de misérabiliste ou de mal fait. Je me suis donc appuyé sur des gens dont la crédibilité n’est plus à prouver. Il s’agit donc d’un magnifique documentaire de Yolande Moreau (produit par Arte) sur les camps de Calais : « Nulle part en France ».

Les retours quant à cette vidéo ont été incroyables, elle a été partagée par des centaines de gens et notamment certains gros organismes comme La Cimade. Ce fut une grande fierté.





Paternité, prostitution, lien social… Pourquoi ces thématiques dans ce dernier album ?

Pour la paternité, je vous laisse faire des suppositions…

En ce qui concerne la prostitution, je ne vous laisserai pas faire de suppositions. (Mauvaise) blague à part, j’aime écrire des chansons suite à des faits divers que j’ai trouvé bouleversants. Cette chanson intitulée “Le canal du midi” parle effectivement d’une prostituée sur le bord du Canal du Midi à Toulouse. J’ai écrit cette chanson, car il m’est arrivé un soir de m’arrêter le temps d’un feu rouge à la hauteur de l’une de ces femmes africaines. Des fenêtres ouvertes de ma voiture s’échappait une musique mandingue et j’ai été naïvement surpris que cette femme ne semble pas effleurée par une musique qui évoquait son Afrique. Quand le feu est passé au vert, cela m’a questionné. Ma chansons parle de ce simple fait divers auquel j’ai beaucoup réfléchi par la suite et je me suis dit que si rien de transparaissait extérieurement sur cette femme très jeune, cette musique devait pourtant forcément aller caresser quelques recoins de sa mémoire, comme pour veiller un peu de naïveté dans ce monde si difficile.

Quant au lien social, j’ai écrit le morceau Vivre ensemble car je trouve que nous avons la chance de faire un métier magnifique qui consiste à référencer l’initiative en France finalement… Et oui, nous allons jouer partout où des gens organisent des évènements, sont bénévoles, veulent rassembler les gens sans peur, etc… Nous avons la chance d’être la toute petite étincelle que les gens attendent pour déclencher la soirée, mais avant tout, il y a toutes ces organisations magnifiques. Je trouve que notre métier nous donne un espoir inébranlable en la société civile française. C’est un message qui est peu véhiculé dans les médias…. « N’ayez pas peur, des gens organisent des choses formidables partout, les gens se rassemblent et ça se passe bien, etc, etc. » Alors, j’avais envie de le porter ce message.





Qu’est-ce qui vous agace le plus dans l’actualité ces derniers temps ?

Je trouve qu’il est plus facile de faire le « buzz » avec la bêtise qu’avec l’intelligence. Cela me désole… Nous devrions être portés par toutes ces voix de la connaissance, de la pertinence, de l’analyse… mais ces voix ont besoin de Temps et le Temps de l’actualité est un Temps qui est trop court.


Vous semblez de plus en plus engagé dans vos textes. Est-ce que je me trompe ?!

Je ne pense pas être plus engagé dans mes textes. Je parlais déjà dans le précédent opus de la Frontière de Melilla, de l’alcool, etc… Je cherche simplement à toujours écrire sur des sujets que je côtoie même lors d’un fugace instant. Mais l’important pour moi est de toujours traiter ces sujets par le prisme de l’Homme.


La poésie est toujours une condition de vos textes. D’où vous vient cet amour des mots ?

J’ai toujours beaucoup aimé et je continue à toujours aimer lire chaque soir. Voilà près de dix ans que je m’amuse à mettre des poèmes en musique. J’avais commencé à l’époque avec des poèmes d’Arthur Rimbaud (Roman ou Première soirée).

J’aime l’exercice de concision que nous impose l’écriture de chansons. Il faut de la finesse, du sous entendu, du double sens, etc. C’est amusant et on ne prend pas souvent de le faire dans notre communication très rapide. Pendant longtemps, j’ai continué à écrire des grandes lettres manuscrites à mes amis. C’était un réel plaisir et en même temps je pense que ça a toujours contribué à entretenir mon style littéraire… car je n’écris pas souvent de chansons finalement.





Quel morceau de l’album avez-vous davantage envie de défendre (vous rappelle quelque chose, vous tient à cœur, vous rattache à une anecdote…) ?

Les morceaux de ce disque sont tous très personnels. J’ai toujours une émotion assez forte à chanter Cette nuit-là qui parle d’une rencontre amoureuse sur les bords de Loire.


Vous qui faites de la clarinette depuis votre plus jeune âge, n’est-ce pas « bizarre » de la mettre de côté pour un album et une tournée ?

Je joue toujours beaucoup de clarinette basse dans le groupe en section avec le saxophone et ma clarinette a toujours une petite place en live pour faire chanter quelques gammes klezmer…


Faire un duo avec Salif Keita dans un futur album… Un rêve pour vous ?

Oui bien sûr… un jour j’espère ! En attendant, nous avons pu avoir avec nous sur scène, à la salle Paul Fort de Nantes, Sekouba Bambino. Il est moins connu du grand public mais c’est sans doute l’une des plus belles voix dans ce style, ce fut une sacrée émotion pour moi.

musique
  • Création : 29/1/2018
  • Mise à jour : 30/1/2018

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