"Miroir" : Le reflet de la Cie Clair’Empreinte

Après une première à Avrillé, la Compagnie Clair’Empreinte rejoint Le Dôme de Saumur pour donner sa nouvelle création, Miroir. Un solo qui reflète le parti pris de la compagnie depuis quelques années : une danse sincère, sensible et poétique sur la relation à soi et les trajectoires de vie.


Des robes emblématiques aux couleurs chatoyantes, des valises chemins ou poupées russes, des tableaux suspendus ou portes ouvertes… Les éléments de ce nouveau Miroir ne nous sont pas inconnus. Il y a trois ans, Clarence Mugnier de la Cie Clair’Empreinte interrogeait la féminité, ses possibles voies et mouvements dans Couleurs Femme. Avec Miroir, on passe de l’autre côté de la glace pour entrer de plus belle dans l’intimité, toucher un peu plus la corde sensible, celle tapie en chacun de nous, celle qui ne se dévoile que lorsqu’on la frotte…





Couleurs Femme et Miroir : des similitudes, mais pas que…

Au-delà de ses compagnons de jeu que l’on retrouve dans les deux créations – valises, chaises ou cadres –, la danseuse a opéré des analogies qui parlent à tous ses admirateurs. La symbolique des vêtements, la liberté du mouvement, les formes graphiques des Objets Plastiques de François-Xavier Alexandre comme les divers niveaux de lecture ou la composition en sept tableaux sont autant de traits communs à Couleurs Femmes et Miroir. Mais la comparaison s’arrête ici. Sa nouvelle création Miroir, échafaudée avec la complicité de Maxim Kopistko, en appelle à d’autres ressorts et sentiments, bannit la chronologie et cherche à titiller l’instinct, la part primitive de chacun.





Miroir, une plongée dans l’âme…

Avec son corps comme instrument et la vidéo comme appui (signée Jérôme Paressant), Clarence Mugnier nous invite à partager son introspection, les relations qu’elle entretient avec son âme, les images qu’elle s’est créée en poursuivant sa route ou celles qu’elle a imaginée la construire. Ses mouvements dansés sont comme des confidences. Des révélations qui nous font entrevoir son monde intérieur, mais nous laissent néanmoins le choix de l’interprétation. Dans sa quête qui est un peu la nôtre, la subjectivité est toujours de mise. Chacun y reflète ses propres réflexions face à son passé, son présent et son futur.


… entre réalité et imaginaire

Tout au long des sept scènes présentées, on navigue entre réalisme et onirisme : Matérialité des vidéos, poétique des fresques produites, certes, mais un effet d’autant plus prononcé que l’on côtoie ici l’expression de l’intuition et de la part enfantine qui sommeille en chacun. Cette petite voix intérieure que l’on aimerait laisser parler plus souvent, Clarence Mugnier l’exploite sans pudeur. Elle danse, joue, improvise, avec un naturel et une sincérité qu’on lui envie bien des fois. Et derrière rôdent des vidéos répétitives, où la nature est prégnante et rencontre les gestes de la danseuse en écho aux cycles récurrents de la vie. Belles images de l’esprit ou mise en abyme du Miroir ?





Une pièce, sept tableaux thématiques

Au départ, il n’y a rien. Puis elle entre, valises en mains, vêtue d’une robe bleue. La gestuelle débute autour de ses malles, allées de la vie, dans un dialogue constant avec la musique de Jean-Claude Camors, essais fantasques et bigarrés. Trois écrans s’abaissent, laissant une porte s’ouvrir sur Clarence cette fois affublée d’une ample robe de mariée. Des photographies d’elle se posent en regard et l’on comprend sa gaieté autant que sa fragilité. Ici, tout est élan, suspension, lenteur et douceur, dans un jeu ininterrompu avec sa chevelure. Jeu qui réapparait à de multiples reprises, comme un questionnement identitaire, un refus de confrontation avec sa propre image ou une simple mise à distance de ce qu’elle voit ou renvoie.





De la petite fille…

Puis la petite fille fait sa place, dans un cadre avec le visage juvénile de la danseuse, ainsi que sur la scène où Clarence s’introduit avec légèreté en couettes, robe rouge et manteau vert. Elle rejoue ses jeunes années, se confronte à cet égo espiègle, tandis que ses aïeux défilent en photo-projections. Arrières grands-parents, grands-parents, parents témoignent de l’histoire de l’artiste et font écho à son physique actuel. L’émotion affleure, l’enfant intérieur et l’enfant d’avant conversent, avant que l’on pénètre plus profondément dans son inconscient.


… au retour aux instincts

Des yeux s’ouvrent de part et d’autre de la scène, les valises aussi. Telles des pensées enfermées puis relâchées, les valises libèrent les esprits et l’instinct prend le dessus. Appuyée par les onomatopées musicales, Clarence revient aux sources, rattrape son animalité et hisse des mouvements sauvages. Elle a changé de peau, revêtu son poil noir et retrouvé sa force primitive. Petit à petit, l’air devient musique électronique qui la pousse dans des rotations frénétiques, pulsions incontrôlées mais bien maîtrisées.





De la spontanéité élaborée…

Un passage à l’aluminium-miroir, un changement de tenue derrière un paravent de valises et la voilà repartie dans une danse syncopée et spontanée. Elle nous étourdit dans sa dynamique de mouvements et nous perd encore dans son imaginaire. Un peu plus tard, on la verra encore tourner énergiquement sans discontinuer alors qu’elle arbore une robe de bal rouge et des talons aiguisés. Une mue qui relaye le désir, la flamme et la femme assumée. Liberté des mouvements, précision du geste, la beauté est partout.


… à la liberté retrouvée

Drapée d’orange, elle entame sa dernière danse, avec sa valise sur le dos, avant de trainer tous ses souvenirs, tous ses secrets, toutes ses représentations, toutes ses pensées qui s’écroulent pour mieux s’envoler enfin… Suspendus, sur un air d’accordéon, on entrevoit un chemin vers la lumière : le doré du costume et les valises en suspens nous y emmènent. On se libère et on s’élève avec elle, pour mieux se découvrir, mieux mettre à jour nos propres mystères. Le décor est de nouveau vide, le miroir peut renouveler son reflet. Une danse vers plus de liberté et de sérénité.


www.cieclairempreinte.com

Photos © Anita NOUTEAU & Philippe LAURENT

danse
  • Création : 9/11/2016
  • Mise à jour : 10/11/2016

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