Camille Lepage, jeune photoreporter

[Edit de la rédaction du 14.05.2014] A l’annonce du décès tragique de Camille, dont le travail et l’intégrité nourrissent admiration et respect, toutes nos pensées vont à sa famille et à ses proches.

L’âme aventurière dès son plus jeune âge, Camille quitte sa terre angevine pour étudier le Journalisme de l’autre cote de la Manche, une fois son bac en poche.
Pendant son parcours universitaire, elle saisit chaque opportunité pour s’évader et découvrir de nouveaux horizons, elle traverse l’Atlantique pour faire un stage dans un magazine indépendant « In These Times », affronte le froid scandinave pendant une année Erasmus pour se spécialiser en Journalisme Européen et Internationale, parcourt l’Europe de l’Est en sac à dos pour un projet universitaire sur les politiques nationales d’oppression envers les communautés homosexuelles et s’en va couvrir la révolution égyptienne pendant l’été 2011 tout en écrivant pour un journal national « Egypt Independent ».
Rapidement, Camille se passionne pour les causes oubliées, pour ces gens qui souffrent en silence et auxquels personne ne prête attention, ou dont personne ne veut parler.
Apres l’obtention de son diplôme en journalisme, en Juillet 2012, Camille s’envole pour le Soudan du Sud, ayant en tête d’apporter de la lumière sur ce nouveau pays trop souvent perçu comme damné, mais aussi sur une guerre silencieuse qui sévissait au Soudan, dans les Monts Noubas, et dont le seul point d’entrée était à la frontière Sud Soudanaise.
Camille part couvrir ce conflit en Novembre 2012, elle passera 3 semaines dans la région.
Ce premier reportage est publié dans le carnet Géo & Politique du « Monde », dans le magazine « Vice », ainsi que sur divers blogs internationaux de photojournalisme. Il est aussi sélectionné parmi les finalistes de la Bourse du Talent 2013, catégorie Reportage.

Reportage photographique: , exposé du 13 au 22 septembre 2013, à l’abbaye de Bouchemaine (49):

« La guerre étouffé »

Bashir et son gouvernement qui veulent nous éliminer doivent tomber!’ s’exclame Rajab Said Jafer, commandant le groupe rebelle, Armée de Libération du Peuple Soudanais-Nord (ALPS-N). Depuis plusieurs décennies, le peuple nouba vit dans la peur. Selon lui, leur gouvernement cherche simplement à l’éliminer. Traditionnellement, Noubas, chrétiens, musulmans et animistes vivent paisiblement, loin de la civilisation moderne. Peuple africain indigène d’une beauté remarquable, bijoux et scarifications décorent leur corps nu tandis que leur culture festive anime les longues soirées dans les vallées des monts du Sud Kordofan. Suivant la décolonisation du pays de 1956, et malgré ses racines ancestrales` africaines, le gouvernement Soudanais se revendique désormais du monde Arabe. Dans les années 80, il instaure une politique d’islamisation qui se radicalise et ne tolère plus les origines et traditions africaines de certaines tribus sur son territoire, notamment celle des Noubas.
Dès lors, l’arabisation commence: l’enseignement de l’arabe devient obligatoire, les dialectes locaux sont délaissés de force, les femmes et les hommes se couvrent, et la culture arabisante est imposée dans la région. Le gouvernement est même accusé d’utiliser des pratiques d’esclavage et d’exactions contraires aux Droits de l’Homme. En 1985, alors que la guerre civile a repris depuis deux ans, les offensives opposant Khartoum et le ALPS, groupe rebelle, s’intensifient. Face à la discrimination et à l’oppression qui font rage dans la région, le commandant du ALPS, Yousif Kuwa appelle les Noubas à rejoindre ses rangs, en faveur d’un Soudan unifié et en paix. 20 ans de guerre sans relâche s’ensuivent.
C’est seulement en 2005 qu’un cessez le feu marque une pause dans ce conflit sans fin.
Sous pressions internationales, le Soudan accepte d’accorder l’indépendance au Sud-Soudan, la région voisine des Noubas. Cette division se fera par consultation populaire. Le sort des autres régions, dont le Sud Kordofan, qui ont aussi été déchirées par la guerre, sera décidé plus tard. En attendant, les Noubas vivent à nouveau en paix avec un gouvernement régional de coalition. Il rassemble le parti du Congrès National dirigé par Ahmed Haroun, ancien gouverneur du Darfour et accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par la Cour de Justice Internationale, et la branche politique du groupe rebelle, le Mouvement de Libération du Peuple Soudanais, dont Abdelaziz Al-Hilu est à la tête. Une alliance politique saluée par la communauté internationale qui, à sa grande surprise, besogne en harmonie.
En Mai 2011, les tensions réapparaissent alors qu’Ahmed Haroun annonce sa victoire lors d’élections législatives. Résultat mis en doute par les communautés locales et par le parti d’opposition.
Le 5 juin 2011, à la suite de ces élections controversées, l’appréhension des Noubas resurgit alors que l’Armée régulière de Khartoum, aussi appelée Armée des Forces Soudanaises (SAF) lance les premiers bombardements en zones civiles. Les explosions retentissent quotidiennement dans les montagnes.
Les travailleurs humanitaires sur place sont évacués d’urgence. Ils ne reviendront pas. Le gouvernement soudanais interdit l’accès à cette région à l’aide humanitaire et aux journalistes.
Les Noubas se retrouvent seuls contre les bombardiers soudanais. Ils se réfugient dans les grottes des Monts du Sud Kordofan. La famine est menaçante, mais ils survivent grâce à de petites récoltes ainsi qu’aux feuilles et graines des arbres.
Le mouvement politique d’opposition reprend les armes, après sept années de trêve, et tente, sans soutien extérieur, de repousser à nouveau son ennemi de toujours. Il prend l’appellation ‘Armée de Libération du Peuple Soudanais – Nord’ pour se différencier de l’armée de son nouveau voisin le Soudan du Sud, qui lui a conservé le nom de l’Armée de Libération du Peuple Soudanais.
Près de deux ans plus tard, la situation empire et la famine s’installe alors que les récoltes se font de plus en plus maigres. Sans assistance humanitaire ni couverture médiatique, cette guerre, à l’allure darfourienne, se déroule en silence, rythmée par le vrombissement des bombardements.

Découvrez le site de Camille Lepage: http://camille-lepage.photoshelter.com/

exposition

La photojournaliste angevine Camille Lepage assassinée en Centrafrique

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  • Création : 18/6/2013
  • Mise à jour : 14/5/2014

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