Aurélien Dougé

Un Angevin parti loin…dans la danse


Aurélien Dougé, danseur et chorégraphe est né à Angers et a grandi dans un petit village du Maine-et-Loire, Faveraye-Mâchelles, où il a débuté la danse. Aujourd’hui et depuis août 2011, il est danseur au sein du ballet du Grand théâtre de Genève et évolue dans Inkörper Company, compagnie de danse dont il est le fondateur. Rencontre.


Comment êtes-vous venu à la danse ?

On peut dire que c’est elle qui est venue à moi. Un jour j’ai accompagné ma sœur à un cours et la prof, Elisabeth Ott, m’a dit « on manque de garçons, tu devrais t’inscrire. » J’aimais sans doute danser, alors j’ai commencé, et puis elle a vu en moi un potentiel et m’a conseillé de voir avec le Conservatoire National de Région d’Angers (CNR)… Je ne savais même pas que cela existait. J’ai été admis et après trois années, on m’a conseillé de postuler au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon (CNSMD), école destinée aux futurs professionnels. J’ai été retenu et en suis sortie diplômé cinq ans plus tard.

Après de nombreuses auditions, j’ai eu la chance d’être engagé : au Ballet de Biarritz junior, puis en 2008, j’ai rejoint l’opéra de Leipzig (Allemagne) où je suis resté deux ans et que j’ai quitté pour rejoindre la compagnie Norrdans en Suède.


Est-ce que le pays où vous évoluez aujourd’hui influence la danse, ou le répertoire dansé ?

Aujourd’hui, la danse est très internationale. Il n’est pas rare de rencontrer d’anciens collègues lorsque l’on change de compagnie. Parfois, on retrouve aussi des chorégraphes avec qui on a déjà travaillé. Quel que soit le pays, c’est plus ou moins similaire.


Quand vous êtes-vous mis la création ?

J’ai toujours fait de la création parallèlement à mon travail de danseur interprète. Ma formation au CNSMD de Lyon, par la pluridisciplinarité de la formation (kinésiologie, histoire de la danse, musique, composition chorégraphique…) amène à s’intéresser à de nombreuses disciplines et demande de développer un esprit créatif.

C’est là-bas que j’ai créé ma première pièce lors de soirée « cartes blanches » aux étudiants. Mais je crois que la création fait avant tout partie du caractère : j’aime imaginer, construire des univers, cela a abouti à Inkörper Company.

Inkörper company, c’est quoi ?

C’est une plateforme de rencontres pour artistes qui viennent de pays et de milieux différents : danseurs, compositeurs, photographes, costumiers… Les rencontres sont importantes. Au sein d’Inkörper Company, on met en commun, on confronte ses idées et on avance grâce aux autres, cela permet d’ouvrir d’autres portes. Le nom de la compagnie « Inkörper » dit tout ça aussi, c’est un mot qui n’existe pas mais qui renvoie à plusieurs idées.

Formé par l’abréviation anglaise « In » qui signifie dans, dedans et le mot « körper », corps en Allemand, l’appellation Inkörper évoque aussi le verbe incorporer en français. Inkörper Company est donc un espace d’échanges pour favoriser les créations artistiques qui parle du corps.
Depuis 2010 on a réalisé deux créations pour la scène et créé divers projets vidéo et photo, par exemple nous avons récemment produit avec Julien Benhamou (photographe) deux séries de photos dans le cadre de sa dernière expo au palais de l’Europe à Strasbourg.


Comment définiriez-vous ce que vous faites ?

Je crois que c’est avant tout esthétique mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de propos dans nos créations. J’aime quand il y a une interaction avec le public et c’est à travers le corps, outil et sujet, qu’elle a lieu. Par exemple pour la photo, j’aime quand elle peut être regardée dans n’importe quel sens.

Pour les créations scéniques, j’ai envie de proposer des images, des tableaux ; je ne cherche pas à raconter une histoire, je laisse le public se créer son propre monde à partir des sensations, des émotions qui le traverse. J’essaie que les projets soient destinés au tout public. Je crois que c’est à la danse d’aller vers le public et pas le contraire. J’essaie donc que ce soit accessible, qu’il n’y ait pas besoin de clé pour comprendre.


Darkrise est votre dernière création. Comment a-t-elle émergé ?

Elisabeth Ott a été ma première prof de danse, c’est un peu grâce à elle que je suis aujourd’hui danseur. Après quelques années, elle est revenue donner des cours à Mâchelles en 2011 et elle m’a demandé, en décembre, si j’accepterais de venir danser au gala.

A cette période j’étais en pleine réflexion, je souhaitais créer un nouveau projet scénique parlant du corps traversé par la maladie. J’ai donc tout de suite accepté et me suis dit que c’était l’occasion de construire un spectacle à partir des contraintes techniques de la salle de Faveraye-Mâchelles : peu d’espace, peu de moyens techniques…

Je crois que les contraintes, paradoxalement, apportent un espace de liberté ; elles mènent notre imagination vers des chemins qu’elle n’aurait peut-être pas pris autrement. En Laponie (Suède), il y avait une similitude dans la contrainte : il n’y a rien ou presque et donc on crée à partir de presque rien. C’est ainsi qu’est né DarkRise.

Comme souvent dans mes recherches chorégraphiques, j’ai travaillé avec les matières : la poussière pour ce projet particulièrement. Pour moi, utiliser des matériaux enrichit la danse en elle-même, ils m’aident à la création d’un univers. Ce qui me plait aussi avec le talc c’est qu’il y a une odeur, cela fait appel à un autre sens.

Un spectacle de danse, pour moi, c’est un tout : les éclairages, c’est magique, mystérieux, la musique, c’est 50 % du spectacle. Aujourd’hui DarkRise est une création qui peut se jouer n’importe où. C’est important pour moi, car je pense que c’est parfois à la danse d’aller vers le public et pas le contraire.

Comment conciliez-vous vos deux facettes : danseur au sein du ballet du grand théâtre de Genève, et créateur chorégraphe, danseur, au sein d’Inkörper Company ?

Je suis engagé par le grand théâtre de Genève, c’est donc une activité prioritaire, et le travail avec ma compagnie, Inkörper, c’est sur mon temps libre. Les deux se complètent et permettent aussi les rencontres.

En septembre j’ai dansé DarkRise à la biennale de danse off de Lyon et mon directeur Philippe Cohen a accepté que je m’absente deux jours pour ces représentations. Au sein du ballet, c’est différent, le travail est moins personnel dans le sens où on suit les idées, les directives des chorégraphes avec qui l’on travaille tandis qu’avec Inkörper Company, je fais partie des personnes qui sont à la base des projets, ceux qui inventent, fabriquent.


Quels sont vos projets à venir ?

J’aimerais étoffer Darkrise, continuer le projet pour en faire une pièce de 30 à 40 minutes (la représentation en fait 15 actuellement). Pour cela je cherche de nouveaux partenaires privés ou institutionnels pour financer et diffuser la création, c’est une autre facette de la rencontre. Je n’envisage pas de nouvelle production scénique dans l’immédiat. C’est difficile de faire deux créations en même temps. Je préfère prendre mon temps et aller en profondeur.


Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait faire de la danse son métier ?

C’est difficile ! Je crois que chaque danseur professionnel a une vision personnelle de son métier ; le plus important est sans doute de savoir pourquoi on choisit cette voie. Il faut reconnaître que c’est une profession qui éloigne et rapproche en même temps, dans le sens où les choix professionnels que l’on fait nous écartent parfois de nos amis, de notre vie familiale.

Mais à l’inverse le métier de danseur permet aussi de faire de belles rencontres. Pour moi, c’est avant tout un métier humain et la personnalité a une grande importance. Ainsi comme dans la vie de tous les jours, il faut trouver une bonne balance entre l’ouverture d’esprit et l’assurance de ses idées.



Propos recueillis par A.B.


Plus d’infos : http://aureliendouge.com/

danse
  • Création : 29/10/2012
  • Mise à jour : 29/10/2012

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