Interview Ariane Moffatt : Ostie de chanteuse !

Vous ne le croirez peut-être pas mais il existe pourtant des chanteuses québécoises qui ne s’époumonent pas devant leur micro en grimaçant de douleur. La Belle Province garderait-elle jalousement ses meilleurs artistes pour elle ?

On pourrait le penser au regard du cas Ariane Moffatt. Cette jeune femme a vendu chez elle des centaines de milliers de disques (pour seulement 7 millions d’habitants !), rafle tous les prix (11 récompenses en 7 ans), et commence tout juste à  faire parler d’elle chez nous. Mais à voir comment tout le monde se dandine sur son excellent Je veux Tout, les choses pourraient bien changer très vite pour Ariane…

Tu es une chanteuse très reconnue au Québec, mais en France tu dois tout reprendre à  zéro pour trouver ton public. Ca doit être étrange comme situation ?
C’est vrai que j’ai parfois l’impression de mener une vie schizophrène. Ca fait quelques années maintenant que je bataille un peu pour faire ma place en France. C’est sûr, je ne bénéficie pas des mêmes conditions de travail quand je joue chez vous, mais je ne me plains pas non plus. J’aime bien finalement car au Québec, les choses sont arrivées très rapidement. Je n’ai pas trop eu à  courir les petits cafés-concerts, etc. J’ai donc l’impression de vivre un nouveau départ de carrière en France, c’est plutôt marrant.

Tu peux te présenter en quelques mots pour le public français qui ne te connaîtrait pas encore ?
Je suis auteur, compositeur, interprète, j’ai enregistré trois disques pour le moment. J’ai commencé par le chant jazz que j’ai étudié à l’école, mais je me suis assez rapidement faite débaucher des bancs de l’université par des artistes québécois comme Daniel Bellanger qui m’ont embarquée en tournée avec eux en tant que claviériste et choriste. J’ai donc aussi beaucoup appris avec eux sur le terrain. Je pense que la particularité de ma musique c’est de tenter un grand écart entre des chansons très pop, très accessibles et une electronica peut-être plus exigeante. Je crois toucher un public assez large finalement…

J’imagine que tu te trouves des affinités avec des chanteurs français comme M, Camille, Katerine ou Arthur H, qui eux aussi, essaient de bousculer la sacro-sainte chanson française ?
C’est vrai, même si ce n’est pas une volonté particulière d’entrer dans une certaine catégorie. Je crois que la musique peut rassembler des gens très différents. Pas besoin pour autant de formater sa musique pour absolument passer à la radio, ou je ne sais quoi. Je trouve que beaucoup d’artistes qui se disent indépendants ou underground finissent par tomber dans les mêmes travers que les artistes plus commerciaux lorsqu’ils s’enferment dans un schéma musical trop précis. Moi, je n’aime pas être enfermée, donc j’essaie de trouver ma place au milieu de toutes ces influences, en ne restant jamais tout à fait immobile.

Le Québec connaît aussi une influence anglo-saxonne plus marquée que la France. Ca te donne peut-être plus de billes pour faire groover ta musique ?
C’est vrai que le Québec est un peuple beaucoup plus jeune, qui se situe à mi-chemin entre la culture européenne et l’influence américaine. Du coup, ça a forcément modifié notre façon de chanter. On s’inspire peut-être davantage de la musicalité de la langue anglaise. Le groove est donc différent, c’est sûr. Notre vison du monde, notre façon d’être le sont sans doute tout autant. Mais j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus d’artistes français qui commencent aussi à remettre certains vieux principes en questions. Peut-être que les artistes québécois inspirent à  leur tour les Français, après qu’on leur ait piqué pas mal de trucs ? (rires) L’utilisation généralisée de l’Internet aide aussi à effacer les frontières, qu’elles soient géographiques ou artistiques.

Ton nouvel album me semble plus joyeux que les deux précédents ?
C’est vrai, c’était voulu. Mes deux premiers albums étaient plus sombres, comme c’est souvent le cas chez les gens qui écrivent. L’écriture est une sorte de soupape de sécurité pour nos souffrances intérieures. Pour ce nouveau disque, j’avais donc envie d’explorer une autre facette de ma personnalité que les gens connaissent peut-être moins : quelque chose de plus enfantin, de plus joyeux, de plus sensuel. Ce disque sort en France avec un certain décalage par rapport au Québec où il est disponible depuis plusieurs mois déjà . Et je dois dire que c’est plus agréable de traîner avec soi des chansons plus légères que des morceaux sombres et tristes.

L’avenir devrait donc te sourire ?
J’espère ! Je pars pour une belle tournée européenne, avec plusieurs dates en ouverture de M. Et je suis nominée pour la première fois aux Victoires de la Musique en France, donc je croise les doigts. (rires) – K.

Crédits photo : John Londono

musique
  • Création : 29/5/2012
  • Mise à jour : 9/4/2013

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