Musique

Kawa Circus

h3.Le groupe choletais Kawa Circus est l’invité local de la première soirée « Été Cigale » à Cholet. Il nous transportera dans un univers 100% groove, avec des morceaux énergiques et festifs. Retour sur cette formation hétéroclite avec DJ Slade

Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, peux-tu présenter le groupe, ses membres et l’esthétique que vous défendez ?

DJ Slade : Kawa Circus est un groupe groove, jazz, hip hop composé de cinq musiciens, avec Bruno Guibault à la batterie, Arthur Pelloquet à la guitare, Fabien Auneau à la basse, Florent Landreau au clavier et moi-même, DJ Slade aux platines. C’est une formation issue du jazz car les musiciens viennent du Conservatoire de Cholet, département jazz. On essaye d’ouvrir la musique au hip hop, avec des touches rock, electro et trip hop, histoire de diversifier un peu tout ça.

A la base, le groupe était constitué de quatre musiciens, tu les a rejoints il y a près de quatre ans. Comment s’est fait ta venue ? Qu’est-ce qui a changé depuis ?

C’est eux qui sont venus vers moi, ils me connaissaient par le Conservatoire. J’avais travaillé un an là-bas au département musiques actuelles. Ils répétaient de leur côté. A l’époque, ils exécutaient beaucoup de reprises et quelques compos. Depuis que je suis arrivé, j’ai essayé de ramener la touche hip hop avec le côté sample et les scratchs, ce qui a permis de donner une autre couleur aux morceaux.

Par le sampling tu te considères autant musicien que les autres membres du groupe ?

Je me considère autant investi et musicien que les autres, même si eux ont des diplômes et un gros niveau. J’interviens aussi en tant que compositeur. Je ne me prétends pas gros scratcheur, mais je suis surtout là pour ajouter ma touche dans la composition par le biais du sample, avec mes influences hip hop. Je faisais déjà pas mal de compos hip hop et trip hop de mon côté. Du coup le mélange des deux est intéressant, surtout quand on sait que je suis derrière mon ordi et mes machines à bidouiller, et que les musiciens ont plus des formations classiques.

Je suis donc super content de travailler avec eux, car ça permet de prouver qu’il est aussi possible de faire de la musique avec des gens du Conservatoire. Le seul langage qu’on a en commun reste la zik. Comme on arrive à se comprendre, ça fonctionne.

Comment travaillez-vous la composition de vos morceaux ? Quant à toi travailles-tu directement en live avec les musiciens, ou procèdes-tu différemment pour ajouter ta patte ?

On essaye au maximum de se voir et de composer ensemble. Mais ce n’est pas toujours facile pour moi de composer et trouver un son en direct. Il me faut toujours un temps pour trouver un son, une ambiance qui colle à ce qui se passe sur le moment. Des fois le temps que je trouve un son de trompette ou autre chose, le morceau est passé totalement à autre chose. En général en repet live, je fais comme je peux, je balance des sons, parfois on trouve le truc qui colle donc on le garde. Et de temps en temps, je retourne chez moi, je les rebosse de mon côté, puis après je reviens en répétition et on réessaye. C’est vrai que c’est souvent 50/50 pour ma part, la moitié en répétition avec les gars, et la moitié chez moi à chercher des sons et procéder aux arrangements.

Et comment procèdent les musiciens, composition collective ou quelqu’un ramène son idée ?

En fait il n’y a pas de recette évidente, ce n’est pas toujours la même façon de bosser. Mais souvent quelqu’un arrive avec son idée, et tout le monde travaille autour. C’est arrivé une ou deux fois de composer ensemble pour se faire plaisir, s’enregistrer en répétition, et en réécoutant trouver des choses intéressantes. Il y a plein de manières de procéder pour la composition.

Vous avez sorti un maxi il y a deux ans. A l’écoute, plein d’influences se retrouvent : rock, jazz, funk, hip hop. Ce choix de la diversité est-il dû aux influences de chacun ou à une direction souhaitée ?

Avec du recul, c’est vrai que certains morceaux du disque sont vraiment typés, mais c’était aussi le temps qu’on trouve notre son à nous. En tout cas on a essayé de prendre plusieurs directions ensemble, je ne pense pas qu’il y ait un morceau qui colle à l’identité d’une personne du groupe, plus qu’à une autre. On les assume tous, on a une certaine ouverture d’esprit, et on est prêt à aller vers le hip hop, le jazz, le trip hop, et en live on flirte même avec le rock’n’roll un peu bourrin, avec les guitares. Ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus perso.

On ne peut pas nier toutes nos influences, on les a et on les assume. Je pense que sur les prochains morceaux, on aura des influences un peu plus hip hop et moins rock’n’roll. On va garder le côté jazz, et pourquoi pas aller vers le trip hop et l’electro. Après, tout est une question de dosage et de goût, chacun doit poser ses limites. Il faut quand même, à un moment donné, bien cadrer les choses, sinon on perd son identité. Je pense que la base qui nous réunit c’est la musique qui groove.

Travaillez-vous les morceaux pour la scène ou pour le disque ? Quelle(s) différence(s) entre ces deux univers ?

Pour le disque, on se prend plus la tête en studio sur les arrangements. Par exemple, on s’était beaucoup vu avant avec Fabien en pré-prod pour bidouiller les pistes et réaliser nous-mêmes nos idées d’arrangements. C’est vraiment une autre approche de travail de la musique, car en général celle qu’on propose est plus axée vers le live. On travaille plus les morceaux en répétition dans ce but.

Vous avez collaboré avec des artistes de tout bord aussi bien dans le hip hop avec Miscellaneous et Pepso, que dans le jazz avec Mederic Collignon. Qu’est-ce qui oriente vos choix et vos ouvertures musicales ?

C’est une grosse opportunité qu’on a eu grâce au Conservatoire de Cholet qui organisait un événement avec la venue de Médéric Collignon. On était super content de le rencontrer et de boeufer avec lui. On est toujours très ouvert quand il s’agit d’inviter des musiciens pour boeufer, c’est aussi l’esprit jazz, l’improvisation, l’échange avec les zikos. C’est d’ailleurs l’échange qui nous pousse à collaborer.

On collabore évidemment aussi avec des MCs Miscellaneous présent sur l’album, et Pepso qui est venu jouer avec nous plusieurs fois en concert. On est actuellement en recherche d’un chanteur qui intégrerait le groupe à temps plein, pour développer plus d’interaction et d’énergie en live avec le public.

Cet esprit d’échange propre au jazz est aussi très présent dans le hip hop…

Bien sûr ce n’est pas que l’esprit jazz, cela fait aussi parti de l’esprit hip hop. C’est surtout un esprit d’échange, avoir envie de s’ouvrir et de partager les univers. C’est vrai que le hip hop défend aussi ces valeurs là, donc tant mieux. Mais ce sont surtout des valeurs qui nous paraissent évidentes, au-delà de tel ou tel style musical.

Et pour demain, avec qui aimeriez vous collaborer ?

J’ai envie de dire qu’une fois qu’on aura notre chanteur et notre identité on pourra se permettre d’inviter les gens qu’on aime. Mais pour l’instant on recherche surtout un chanteur.

Tu penses qu’un chanteur au sein d’un groupe comme le vôtre doit avoir le même rôle qu’un musicien ou avoir d’autres responsabilités ?

C’est quand même super important d’avoir un chanteur. Personnellement, je pense que c’est 50/50, le chanteur/les musiciens. Le chanteur a quand même une grosse responsabilité par rapport à ses textes et à l’image qu’il dégage. Il y a plus de prises de risques quand il est là. J’ai envie de dire : si on a des bons musiciens avec un mauvais chanteur, le groupe ne marchera pas et vice versa. Il faut un dosage entre les deux et que le chanteur représente les musiciens, qu’il ne dise pas n’importe quoi, et permette aussi au groupe d’assumer ses textes. Bien sûr, il faut aussi qu’il sache chanter et utiliser son phrasé.

Selon toi, qu’est-ce qui change pour un Mc dans le fait de travailler avec des musiciens ?

Cela change au niveau de la scène, il y a beaucoup plus d’interactions. On est six, on peut jouer ensemble, il y a vraiment un côté ‘performance’. Généralement dans le hip hop lorsqu’il n’y a pas de band, il y a un DJ derrière le MC. Il peut être très fort, mais il est tout seul et je trouve que ça peut manquer d’interaction. On ne voit pas toujours ce qu’il fait. Même moi en tant que DJ, je trouve que faire des dates tout seul ou derrière une seule personne, c’est difficile pour le public. Il faut vraiment trouver quelque chose qui fasse l’originalité. Alors que pour un groupe, c’est plus facile de partager avec les gens et avec les musiciens sur scène.

Vous avez été repérés par le dispositif Jazz Tempo. Peux-tu me parler de cette expérience ?

Il me semble que c’est grâce au RDV de l’Erdre qu’on a été sélectionné par le dispositif Jazz Tempo. C’est organisé par le CRDJ. Il nous a permis de réaliser deux dates dans la région, dont une au Jardin de Verre. Ce dispositif nous a permis de jouer dans de très bonnes conditions et d’avoir des cachets de musiciens professionnels.

On a pu vous voir sur différentes scènes, aussi bien dans des endroits très chauds comme le Bar’Ouf (Cholet) ou le Remorqueur (Nantes), que sur des scènes nationales spécialisées jazz, comme les Rendez-vous de l’Erdre ou le Jardin de Verre, où le public est souvent assis. Quelle différence faites-vous entre les deux ?

A titre personnel, je préfère quand les gens sont debout. Je ne prétends pas faire de la musique d’élitiste, pour que les gens soient assis à me regarder et à se dire « Oh c’est génial ! Regardes ses scratchs ». Après, les gens apprécient à leur manière, mais je pense qu’on est plutôt là pour les faire bouger de manière générale. J’avoue que le concert au Jardin de Verre était un peu particulier, on avait des morceaux qui rentraient dedans, et les gens étaient assis au premier rang. En tout cas on s’est donné à fond, on était très content de jouer, et le concert s’est très bien passé. Mais je pense que si les gens avaient été debout, ça aurait pu être un peu plus dynamique.

Evénement

Été Cigale : Kawa Circus + Bauchklang + Capharnaüm Cie

Bauchklang

Publié le 1/8/2012 à 11h55 et mis à jour le 1/8/2012 à 11h55