Jean-Pierre Niobé est une sorte de troubadour des temps modernes. Le bonhomme n’aime en effet rien tant que d’aller à la rencontre de ses congénères en colportant ses chansonnettes – souvent drôles et engagées – sur toutes les scènes prêtes à l’accueillir.
Le 20 juillet, ce sont les vendredis Musicaux de La Flèche qui convie le personnage.
Son dernier album, Manifeste, toujours farouchement indépendant, fait aujourd’hui la part belle aux rythmes chaleureux et aux mots colorés de l’île de la Réunion. Perpétuellement entre deux départs, le chanteur/trompettiste prend quand même le temps de nous en dire un peu plus sur ce disque en particulier, et son travail en général.
Manifeste a plusieurs invités réunionnais (René et Yannis Lacaille, Drean du groupe Zong…). Comment se sont-ils retrouvés sur ton disque ?
Niobé : J’ai eu l’occasion d’aller jouer une pièce de théâtre en 2002 à Saint Benoît au théâtre Les Bambous. Un soir, j’ai été invité à un concert de René Lacaille à Saint Joseph, et là je découvre le Maloya, je vois les «Roulèr», les «Kayamb» (NdlR : instruments traditionnels réunionnais), et j’entends une pulsation très particulière. Je me suis plongé ensuite dans toute cette musique. J’ai vécu cela un peu comme un « bug » intellectuel, avec l’envie de connaître tous les acteurs de cette musique, des plus jeunes au plus anciens, Zong, Alain Peters, Danyèl Waro, Gramoun Lélé, pour remonter aux sources, avec pour chacune de ces générations des albums superbes.
Dans les remerciements, tu dis carrément que René Lacaille a changé ta vie ?
N : C’est sa façon d’aborder le plateau qui m’a fasciné. C’est une force tranquille. On est toujours en perpétuel questionnement par rapport à une posture sur les planches, et en voyant René, j’ai découvert une simplicité, une distance. C’était une découverte qui tombait à un moment particulier de ma vie, en tout cas de ma vie de musicien. Ce concert est donc inscrit dans ma mémoire comme un référence. Je n’ai plus jamais abordé la musique de la même manière depuis ce jour là.
Tu as souvent intégré à ta chanson des influences de musiques « exotiques » (du Brésil, d’Afrique, de la Réunion…). Et comme parait l’évoquer la pochette du disque, tu sembles aimer les départs vers un ailleurs. Le voyage et le métissage sont des idées fortes pour toi ?
N : C’est en fait l’ouverture au monde qui m’intéresse, et le constat d’une même couleur, d’un même sang sur la terre. La photo de la pochette de l’album a été prise à la gare de Briollay. C’est plutôt l’idée d’un mouvement qui m’intéresse. L’idée que nos vie sont des miracles et qu’il y a quelque chose qui nous relie tous entre êtres humains. C’est toujours l’idée de rencontrer mes semblable qui me fascine, savoir comment ils se débrouillent avec la vie. Le voyage pour les simples paysages, ça m’ennuie un peu.
Tu reviens d’ailleurs tout juste d’Allemagne. Comment un public non-francophone réagit à ta musique ?
Ils sont très à l’écoute de la chanson et très friands de la musicalité de la langue française. Tous les textes mélangés à une pulsation assez vive, assez chaude, ça leur plait beaucoup.
Ce titre Manifeste pourrait laisser penser que tu poses les bases d’une nouvelle philosophie, d’une nouvelle politique. Quelle serait-elle ?
L’idée, pour être bref, c’est de remettre l’humain au centre du débat politique. L’économie, on a tous compris comment ça marche, et on voit tous où cela nous mène, et pourtant tout est concentré autour de cela. On devrait se concentrer sur le sens de la vie et comment on cohabite ensemble. Manifeste, ça dit aussi qu’on doit rester debout et fier. Et si on veut être plus précis je dis qu’il faut manifester contre l’équipe politique en place, et contre Sarkozy et le cynisme ambiant en particulier.
En plus d’être chanteur et musicien, tu es aussi acteur pour le théâtre et le cinéma (deux films avec Chabrol). As-tu la sensation que ces différentes activités viennent se compléter les unes les autres ? Ou préfères-tu compartimenter ?
Je suis un raconteur d’histoires, que ce soit avec un texte de Picq ou de Prigent ou bien avec ma trompette, c’est pareil. Chaque discipline nourrit évidemment les autres. Je donne ma vision du monde et ce en quoi je crois, tout simplement.
C’est, je crois, la fonction et le sens de l’acte artistique et de la poésie.
Propos recueillis par Kalcha
Publié le 29/5/2012 à 22h20 et mis à jour le 3/4/2013 à 12h57