KWAL : « J’avais envie d’être dans ce qui m’anime, la transmission »

Depuis 15 ans, Vincent Loiseau alias Kwal a toujours un pied dans l’actualité : qu’il chante, comme sur son album Les Liens sorti l’an passé, qu’il monte sur scène avec ses spectacles slamés-contés depuis 2010, ou qu’il écrive pour les spectacles d’Annabelle Sergent ou ses propres ouvrages. Kwal est un caméléon discret mais sa griffe est reconnaissable entre toutes.

Après Chroniques de Là où j’habite et Chroniques des Bouts du monde, il sort le 3e volet de sa trilogie théâtrale et musicale, La Fabuleuse Routine et autres chroniques intérieures qu’il inaugure en Anjou, en décembre.





Pour ce nouveau spectacle, vous évoquez votre « monde intérieur ».
Qu’est-ce que cela signifie ?

Il y a quelque chose de l’ordre du voyage intérieur mais à l’arrivée, c’est un voyage dans le quotidien, entre souvenirs et réflexions. Je suis parti sur un journal du quotidien en version poétique, notre « fabuleuse routine ». J’avais envie de parler des petites choses de l’ordinaire, de petits instants et sensations, et particulièrement de la transmission. Mon rapport à l’enfance et au grandir est le cœur du spectacle. C’est un voyage intérieur à travers cet aspect là.


Dans les chroniques passées, on oscillait entre réalité et fiction. Avec La Fabuleuse Routine, vous touchez l’intime. Avez-vous joué de l’imaginaire ou est-ce seulement du vécu ?

La Fabuleuse Routine est le spectacle où il y a finalement le plus de fantaisie dans ce que j’ai pu écrire. Ça déconne. Je parle des choses de l’ordinaire et ça devient prétexte à ouvrir tout un univers et raconter des histoires. J’aime bien les petits objets qui sont toujours associés à une mémoire émotionnelle très forte. On retrouve ces idées là, comme les histoires que je raconte à ma fille, pour explorer la partie conteur, le merveilleux. Il y a une part d’intimité, mais elle est insinuée, pour ne pas que le spectacle soit nombriliste. J’avais vraiment le souci d’éviter ça et d’être dans ce qui m’anime, la transmission aux autres.


Finalement, vous ne vous mettez pas réellement à nu, même s’il est question d’intimité ?

Dans certains passages, je parle de la timidité, du mûrir et des illusions qu’on abandonne. Il y a donc des moments où j’ai vraiment l’impression de me mettre à nu. Quand j’ai des assauts de pudeur sur scène, c’est là où je me rends compte que j’y ai mis de l’intime et que j’ai la sensation de lâcher beaucoup de moi. Mais je retiens toujours quelque chose. Cela viendra peut-être avec le temps. Car ce que j’aime avec le spectacle vivant, c’est qu’il est comme un tableau que l’on peut sans cesse retoucher. Avec le temps, l’aspect humoristique d’un spectacle se renforce et le côté profond, c’est-à-dire le mot juste, la poésie des choses, aussi.





Votre album Les Liens augurait de ce spectacle, à l’image du titre Mûrir qui évoque le fait de « s’apprivoiser » au fil des ans. Vous êtes-vous « apprivoisé » pour parvenir à ce spectacle ?

Avec le vécu, on se découvre, on parcourt des choses, des situations et on se connaît de mieux en mieux. Et je peux dire que je suis plus apaisé qu’avant. A 20 ans et même à 30, j’avais de la colère, de la révolte. Et cela se traduisait même artistiquement. Aujourd’hui, j’ai moins cela en moi, c’est peut-être le fait de devenir parent, d’être davantage dans la transmission que dans ses propres préoccupations, mais je me sens plus apaisé. Il y a 10 ans, j’avais un côté très passionnel, épidermique quand des choses me révoltaient. Aujourd’hui, c’est moins fort, même si c’est présent.


Le spectacle est-il dans la continuité de l’album Les Liens ?

Il y a des passages du spectacle qui sont dans le dernier album. L’enregistrement de ce disque a été très long et il était déjà dans l’intime ; donc au fond, l’album est une pierre sur le chemin du spectacle. C’est en tout cas l’un des tons de la création : le ton slamé qui devient, dans la version scénique, conté et slamé. Les slams ont un côté plus intellectuel, abstrait, poétique, alors que lorsque je parle de petites histoires du quotidien, l’idée est de revenir à un point d’ancrage, sur une petite image très précise et concrète, qui me permet de poser un ton de conteur.


Vous évoquiez déjà le chemin parcouru et à prendre dans les titres Le temps qu’il me reste et Mûrir, deux titres forts…

Ils sont tous les deux dans le spectacle. L’un ouvre avec l’autre, mais pour moi c’est un point d’arrivée. Avec le souci de la transmission, les questions que tu te poses sur le chemin parcouru et le rapport à l’enfance. Je suis à un âge où il y a un côté bilan-projection. Le spectacle est animé de ça : un remède au temps qui passe à travers plein de petites choses, de petits moments du quotidien, de petites sensations. Plein de petits instants à cueillir.


Dans le titre Le temps qu’il me reste, vous disiez « Je ne veux pas regretter ce que je n’ai pas fait, pas été ». Regrettez-vous certaines choses aujourd’hui ?

Parfois j’ai envie de tout plaquer, de repartir à zéro. Mais je n’ai pas de regrets, seulement des envies de voyages plus longs, des choses encore non accomplies, et des choses à lancer, des nouveaux projets. Je me dis qu’il n’y a pas de temps à perdre.


Vous n’avez jamais été frustré, entre accomplir votre vie de scène et vos rêves ?

Je regretterai quelque chose quand je serai vieux ! Je fais ce que j’aime : avec mon tempérament, que pourrais-je faire d’autres que voyager et raconter des histoires ? En faisant les chroniques, je me suis parfois tellement senti à ma place.





Vous êtes un artiste discret, plutôt introverti et vous semblez si à l’aise sur scène… N’est-ce pas contradictoire ?

Il y a toujours en moi ces aspects là : une envie de se planquer et de traverser la vie en toute discrétion, se mettre dans un coin, et malgré tout, dans le fait de monter sur scène, je ressens quelque chose de jouissif. Et la scène est notamment un lieu où la timidité s’évapore. Je ne sais pas ce qu’elle devient mais c’est une sensation unique. Cette expérience de la scène est une chose incroyable.


Ressentez-vous davantage cela avec les spectacles des Chroniques qu’en concert ?

Oui car dans les Chroniques, je me sens plus à nu que lorsque je fais un concert : c’est l’art de la parole par excellence et c’est un exercice que j’aime bien. Les artistes qui me touchent sont les conteurs qui m’embarquent ; ce sont des gens qui se pointent sur scène, sans rien et parviennent à t’emmener ailleurs. Rien d’autre qu’une voix, une sensibilité. Tenir une heure sur un plateau à embarquer les gens de cette manière, c’est magique. Et la magie qu’il y a à l’arrivée est à la hauteur de ce qu’il y a derrière, le dépouillement total, la personne qui se livre.


Quelles différences faites-vous entre les deux exercices ?

Dans la version contée, il y a vraiment un retour à la salle et j’ai une marge dans les mots qui est très différente. Je suis davantage dans un ton d’humoriste aussi, dans les images, les mots, le slam, la poésie, les idées qui se répandent… Sur scène, il y a un endroit où je suis dans l’honnêteté, la simplicité. Je ne suis pas millimétré par tout ce qu’il y a autour et le rythme est différent chaque soir, alors qu’en live, je suis davantage dans l’énergie et il faut suivre un rythme plus cadré.





Quel est votre objectif auprès du public avec ces Chroniques ?

Une histoire ne m’intéresse que si elle est interpersonnelle. Le point d’arrivée visé, c’est l’endroit où une petite histoire parle à tous, avec chacun ses souvenirs, sa propre interprétation pour aller dans l’émotion.


Avec la scène et la musique, vous avez développé différentes manières d’écrire (prose, slam, conte…). Comment abordez-vous ces écritures ?

Je les aborde avec la même lenteur. Mais avec les Chroniques, il y a une part d’improvisation qui s’ajoute, tout en connerie d’ailleurs ! C’est une écriture spontanée, dans l’oralité : je joue, je répète mon texte et les idées naissent encore au fil du jeu.

Pour l’écriture du slam, comme dans les albums, il y a un aspect bucheron : on tricote et on retricote autour d’un mot, d’une idée, dans la rime notamment. Les textes abstraits, qui font appel à des idées, me demandent plus de travail que les textes qui sont dans l’image. Avec les textes à images, je peux rapidement être dans la sensation alors que le texte intellectuel demande de la réflexion.

théâtre
  • Création : 7/12/2017
  • Mise à jour : 8/12/2017

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