Simawé : « Un groupe, c’est une question d’osmose »

Simawé, c’est une histoire de potes qui a viré en groupe reggae folk en 2013. Une histoire d’amis d’enfance qui s’appuient encore sur l’amitié pour développer leurs envies. Simawé, c’est un style de vie, une philosophie. Mais on ne le comprend qu’en prenant le temps à leurs côtés, comme eux en ont pris du bon dans leurs voyages et aujourd’hui dans leurs scènes, de plus en plus nombreuses.

Depuis deux ans, le quintet originaire de Saumur monte tranquillement. Avec son 1er album reggae-rock, Walk for a kid, qui sort en novembre, on ne doute pas que le groupe va planer plus haut. Petit détour avec Ben, le chanteur, compositeur et leader de Simawé, pour une entrevue fleuve !





Un petit détour sur votre histoire ?

On est des potes de longue date. J’ai connu les deux frangins en primaire (Jeyman et Joboy, guitares, lap-steel, chœurs, ndlr). Ensuite j’ai rencontré Titom, l’autre guitariste, en 6e. J’ai fait toute ma scolarité avec lui. A partir de 15 ans, on a formé une vraie bande qui trainait tout le temps ensemble. Les années sont passées, on a fait nos expériences : les études pour certains, les voyages pour d’autres et vers nos 25 ans, on s’est retrouvé en coloc’ et on a commencé à faire de la musique. Titom et moi composions, après être revenus de voyage avec plein de morceaux.

On a bossé ainsi pendant 2-3 mois, puis on a eu envie d’intégrer un bassiste. À l’époque j’étais au cajon et il nous manquait clairement quelque chose dans le projet. On a rencontré Xav – ex-bassiste de La Ruda – en 2013 et il a accroché assez vite. Il nous a pris sous sa coupe parce qu’il y avait pas mal de choses qui n’étaient pas encore au point ! Trois mois après, on enregistrait notre1er EP 5 titres.


Vous vous êtes professionnalisés par la force des choses ?

Oui, grâce à Xav qui, avec son expérience passée, nous a poussés à regarder plus loin. Avec son bagage de 20 ans, il nous a permis de faire la transition entre une bande de potes qui joue et un groupe capable de tenir un set. Notre ingénieur son, qui est un ami d’enfance, était aussi dans le milieu depuis assez longtemps, ce qui nous a aidé à avancer aussi.





Pourquoi le reggae pour des Saumurois ? Une forte influence ?

Des Saumurois qui ont quand même pas mal trainé autour de la Loire ! Nos parents ne sont pas du tout dans le milieu musical, mais leurs goûts nous ont évidemment influencés. Les frères ont de grosses influences blues et folk : Simon & Garfunkel, Led Zeppelin, les années 70 en force. De mon côté, j’ai été davantage dans le commercial, Freddie Mercury, Mickaël Jackson, Bob Marley qui sont pour moi des chanteurs hyper mélodiques. Ce sont nos premières références ; ensuite, à l’adolescence, on s’est tourné vers Patrice, Groundation, Tryo, Toots and the Maytals, The Gladiators… Mais pour être honnête on n’est pas des fervents du reggae : hormis Groundation dont je suis fan, on écoute davantage Ben Harper ou Xavier Rudd.


Avez-vous choisi ce courant pour les valeurs qu’il véhicule plus que pour la musique ?

Tout dépend quel reggae on écoute ! Mais de manière générale, je ne suis pas vraiment d’accord avec ce qui se dit dans le reggae : mise en avant du mouvement rastafari, promotion de la fumette… ce ne sont pas nos valeurs et les clichés y sont exacerbés. Dans le reggae jamaïcain, il y a beaucoup de racisme anti-blanc, d’inégalités entre hommes et femmes, et j’en passe. D’ailleurs, je suis le premier à penser et à constater que dans le rock ou le métal, les gens sont beaucoup plus doux et moins égocentriques que dans le reggae.

Pour caricaturer, les rockeurs sont souvent des gros lourdaux qui font la gueule au premier abord mais dans leur coeur, ce sont des gros gentils, alors que dans le reggae et surtout l’aspect MC, on trouve beaucoup de gens très égocentriques. Donc quand il s’agit de valeurs, tout est relatif.
Je ne dénigre pas, certaines valeurs se respectent, mais je trouve par exemple que Simon and Garfunkel défendent des valeurs plus louables que Marcus Garvey. Ce n’est donc pas ce qui nous a emmenés vers le reggae, ce sont plutôt nos influences variées, nos expériences qui dessinent clairement nos textes, plutôt humanistes et écolos.





Finalement, vous êtes venus au reggae par hasard ?!

Je suis l’influence reggae du groupe ; les autres sont clairement plus rock. Et un groupe, c’est une question d’osmose. Les frangins et Titom ne feraient pas de musique si ce n’était pas notre musique, notre groupe. Et je ne serais pas mis en valeur de la même façon si je n’étais pas entouré par ces personnes là, j’en suis certain. Je suis bien grâce à eux. J’ai un rôle de leader grâce à eux. Il y a 90% des textes et des chansons qui sont les miennes, je compose, je chante, donc évidemment, le reggae a toujours été présent, mais on ne s’y cantonne pas non plus, on oscille entre reggae, folk, rock. Tout ça s’est fait très naturellement.


Avec cet album, vous marquez aussi l’évolution que vous avez montrée sur scène et dans votre style…

On était effectivement sur un son plus simple, plus calme à nos débuts avec simplement un cajón en rythmique. En me mettant à la batterie en plus du chant, ça nous a permis de cadrer notre groove et ça m’a libéré, j’ai pu rentrer dans un personnage. On reste atypique dans notre son – guitares-chant –, mais on est devenu plus rock reggae que folk reggae. Même dans la voix, j’étais très doux, posé. Aujourd’hui, je suis déchainé ! On a branché les électriques, on a ramené des pédales et on s’est fait plaisir parce qu’on aime aussi les gros sons. On s’est rendu compte qu’en live, ça fonctionnait complètement car on peut alterner moments acoustiques à la Wriggles et plus gros sons comme en attendent certains pour faire la teuf !

Je pense qu’on entraine les gens avec la voix, mais la batterie est un bonus. C’est la première chose dont on nous parle : le chant et la batterie ! Et comme il n’y a que des cordes autour, aucun clavier ou saxophone, ça reste assez atypique. On n’a rien à voir avec le reggae finalement !





Pourquoi ce titre Walk for a kid ?

En plus d’être le titre d’une chanson, on trouve ça beau. En ce moment il y a des Walk for Climate, Walk for Planet, Walk anti-Macron, ça nous va bien comme idée ! Mais une marche pour les enfants, c’est un peu la marche pour notre enfant à nous, symboliquement et aussi une façon de marquer notre évolution, nous qui sommes une bande de copains qui nous connaissons depuis nos six ans. C’est aussi la responsabilité que nous avons envers nos enfants, c’est un sujet que j’aborde régulièrement dans mes textes. La télé, la violence qui peut leur être donné à voir, à subir, pour qu’ils puissent s’en défendre…

On a tendance à parler d’éducation et d’écologie, car il s’agit de nos secteurs professionnels en dehors de la musique. Mais on aborde aussi les côtés positifs du chant ou les gens spirituels qui en parlent trop au lieu de le vivre, ou la religion en invitant à regarder plutôt en bas que dans le ciel.


L’aspect spirituel est-il très présent dans votre vie de groupe ?

Oui c’est très présent dans le groupe. Il n’y a ni dogme, ni rite de notre côté, mais on a un fond très spirituel. A chacun sa pratique, le sport ou autre, quoi qu’il en soit, on est assez convaincu du fait qu’il faille libérer le corps de ses tensions, d’une manière ou d’une autre. Dans ma musique et dans ma scène, je me fais du bien, et je pense que ça fait du bien aux gens en face. En somme, on essaye de se soigner avec la musique et différentes pratiques, mais pas tous !

Pour ma part, je crois qu’il faut rester ouvert à son cœur et à l’écoute généreuse, pour tendre vers un système bienveillant pour la planète. Il faut respecter toutes les haines et les comprendre. Les haines viennent de tensions et elles ont aussi une part physique qui a besoin d’être libéré. La libération, la compréhension, c’est ça la spiritualité pour nous.





Vous n’avez jamais chanté en français ?

On a seulement chanté des textes en anglais. On est des travellers, le message peut donc passer partout et on écoute beaucoup de musique anglophone. On ne fait pas des textes fous, ça reste de l’anglais très basique, primaire, accessible aux Indiens avec qui j’ai voyagé ! Mais les idées me vont même si j’aurais du mal à les transcrire en français. Je compose d’abord une mélodie et je chante avec des onomatopées, et ensuite j’écris les textes, et évidemment j’y mets ce que je pense, ce que j’aime, en quoi je crois.


Quelle est votre vision du reggae en français ?

On n’aime pas trop le reggae français. Il y a des idées qui ne me plaisent pas et des formulations qui ne me plaisent pas. Comme je le disais, beaucoup de clichés sont véhiculés dans le reggae français, ce qui fait que plein de gens n’aiment pas le reggae sans même avoir écouté. Ça me désole. Ce qui me gène aussi dans l’aspect texte, c’est qu’ils sont souvent moralisateurs alors que personne n’est bien placé pour donner des leçons aux autres. C’est la sensation que j’ai souvent dans le reggae français. En tout cas, ça n’est pas ma culture.

Au niveau musical, il y a de gros sons comme Namâan ou Biga Ranx qui envoient, mais ce n’est pas pour ça que je partage les idées des textes. Pupa Jim et Stand High Patrol sont clairement nos références dans le reggae français. On est partisan d’une musique assez joyeuse, colorée. On a tous les âges dans nos concerts, de la pépette au punk, de la petite fille au grand père. En concert, je vois des gens qui dansent ensemble alors qu’ils ne se connaissent pas, des gens qui me regardent, qui rient, s’amusent. Je préfère ces moments de partage aux concerts où tout le monde aime le son mais remue la tête baissée, chacun dans son trip.





Mais vous jouez aussi des morceaux doux, mélancoliques…

Même dans la tristesse il y a de l’espoir dans nos chansons. Je n’ai jamais pleuré à la mort dans une chanson, mais pleuré à la renaissance. Il faut croire en l’avenir.


Comment s’est déroulé l’enregistrement de l’album ?

Ça fait un an que l’on prépare cet album. Notre ingénieur son, qui a construit son studio au cours de ces années et s’appelle Reel Records, nous a permis d’y passer des heures. On a enregistré l’album en deux semaines. On a d’abord fait une première semaine sans les voix, ni les featurings. Juste l’instrumental et on a enregistré toutes les chansons en live, car au clic, ce n’est pas du tout le même groove et on ne s’y retrouvait pas.

La deuxième semaine a été consacrée à tous les chants : il y avait beaucoup de travail pour moi ! Puis les collaborations : Violon, accordéon, trompette, trombone, claviers, djembé. On a pas mal de collaborations avec des copains : Camilo du Camilo show, Gabi du Scratchophone orchestra au violon, l’accordéoniste de Emmtray et Black Sugar.





Parvenez-vous à vivre de Simawé ?

On travaille à côté. Je fais des boulots à droite à gauche, je travaille notamment avec les enfants et je passe un diplôme de kinésiologie. Les gars font des meubles en bois, ils vivent à la roots. On vit quasiment tous en mode panneaux solaires, cabanes et légumes du jardin.

On se sacrifie un peu financièrement, mais on est heureux avec rien ou pas grand chose. Ça a été acquis à 18 ans : on est tous parti avec un sac à dos, en Asie, en Europe, en Océanie, selon les caractères de chacun, on sait se débrouiller, vivre de nos envies. C’est notre façon de vivre, mais ça ne nous empêche pas d’aimer le foot ou la piscine ! Cette stratégie de vie permet notre stratégie professionnelle.


Quelle est-elle cette stratégie professionnelle ?

On ne gagne rien du tout, on ne se met rien dans la poche depuis quatre ans, tout est mis dans une association qui nous permet de faire cet album, de tourner comme on veut, etc. Pour l’instant, on prend toutes les dates, on n’est pas capricieux. On n’est pas des fils à papa de la musique, on prend tout ce qui vient et c’est ça qui fera que l’on deviendra fort. C’est la méthode de notre bassiste : tu joues pour ton public, tu joues pour ta technique et on franchit les paliers petit à petit.





Mais depuis deux ans, ça monte ?

Oui mais on ne cherche pas à monter d’un coup, on fait les choses à notre rythme. A Angers, on a un petit nom dans le reggae, maintenant il va falloir tourner dans d’autres régions.


Un tourneur ?

Une production en développement : Mille et Une Prod Records. Elle a deux ans et fait déjà tourner du monde, dont son artiste phare : Naâman. C’est notre avantage. Et on voulait un truc jeune, dans lequel on est suivi. Plus de proximité, plus d’humanisme. Pour l’instant, c’est la stratégie que l’on a utilisé : aller au gré des copains.


www.simawe.com


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  • Création : 17/11/2017
  • Mise à jour : 17/11/2017

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