Georgio « J’ai l’impression d’être un peu seul sur ma planète »

Loin des clichés mainstream et de la scène bling bling, Georgio trace sa route dans le monde du rap, sans s’y cantonner. Après Bleu noir en 2015, le rappeur de 24 ans a sorti Hera, un album plus mature et lumineux que son prédécesseur, pour lequel il a d’ailleurs été nominé aux Victoires de la Musique.

Plume poétique et sauvage, Georgio ne s’enferme pas dans un style et apporte un souffle rafraichissant autant que singulier au rap hexagonal. Celui qui a passé une partie de sa jeunesse en Anjou y revient pour le festival Track’n’Art, vendredi 28 juillet.





Vous avez habité la région angevine. Quelle a été votre enfance en Anjou ?

J’ai habité assez longtemps dans l’Anjou, jusqu’en 4ème au collège. J’ai eu une enfance normale, de jeune classique par rapport à mon âge. J’avais des potes, je sortais, je faisais ma petite vie. J’ai encore de la famille là-bas, ma mère est originaire de Paris, mais mon père est d’Angers, je garde donc beaucoup de famille en Anjou.


Une partie de votre famille a aussi un pied dans la musique. Cela a-t-il été un déclencheur de votre passion musicale ?

Ça m’a forcément influencé que ce soit conscient ou inconscient, mais la culture du rap n’est pas du tout celle de mes parents et ce n’est que quand je me suis affranchi de ce qu’ils écoutaient que je me suis fais mes propres goût musicaux et que j’ai commencé le rap.





En trois ans, vous avez gravi les sommets. Comment vivez-vous cette notoriété ? Y a-t-il un Georgio, avant et après ?

Je le vis plutôt bien car cela traduit le fait que ma musique plait et fonctionne. C’est super parce que c’est ce que j’ai toujours voulu faire, une part de rêve. Et finalement mon quotidien n’a pas réellement changé, j’écris toujours autant, je fréquente les mêmes personnes, mais comme j’ai toujours la tête dans le guidon, je ne m’en rends pas forcément compte. Je suis resté fidèle à ce que j’étais en tout cas. Fidèle à mes attaches, à ce qui me plaisait et était important pour moi. Après je grandis, j’évolue, je change aussi mais ce n’est pas dû à la notoriété.


Vous qui avez tout auto-produit avant d’être signé sur le label Panenka, parvenez-vous à rester indépendant dans la gestion de votre carrière ?

Tout à fait car mon label Panenka Music est un jeune label – à peine deux ans – qui est lui aussi indépendant. Ils m’ont signé parce qu’ils avaient compris Bleu noir et ma démarche comme mes envies. Et j’ai pu réaliser Hera exactement comme je le souhaitais au sens musical. Ils me conseillent, donnent parfois leur avis sur mes musiques, mais sur tout l’aspect artistique, ils me laissent le dernier mot et toute la liberté que je veux. Le label ne me conditionne pas ; il me permet seulement d’avoir plus de moyens pour réaliser mes projets et les défendre à plus grande échelle.





Comment vous situez-vous dans la mouvance rap actuelle ?

C’est toujours assez compliqué de se situer. J’ai l’impression d’être un peu seul sur ma planète, dans le rap, d’avoir un projet très singulier. Je me sens un peu à part car ma musique est moderne mais pas dans la tendance.


Avez-vous également le sentiment de vous démarquer textuellement ?

Oui, parce qu’il y a beaucoup de thèmes abordés dans cet album que l’on ne retrouve pas souvent dans le rap ni même dans la chanson française. Je n’aborde pas les choses de la même manière. Ce n’est pas différent de tout le monde, mais je pense avoir réussi à proposer quelque chose de singulier. Je ne me retrouve pas chez beaucoup de rappeurs ou de chanteurs.


Avec Hera, la mélancolie qui vous caractérisait n’est plus aussi présente… Avez-vous laissé votre « ex-moi » comme vous le dites sur Ici bas ?

C’était voulu. J’ai toujours aimé la musique hyper mélancolique et c’est ce que je voulais pour mon 1er album Bleu noir. C’était entièrement moi, ce que je pensais, mais paradoxalement, il ne me représentait pas complètement. C’était entièrement moi dans mes phases de déprime, de tristesse mais j’ai toujours été quelqu’un de souriant, j’ai toujours aimé faire le con, faire la fête. Du coup, en écrivant la suite de Bleu noir, je me suis rendu compte que j’avais d’autres choses en moi, que j’évoluais. Il fallait raconter des combats, l’idée de pouvoir sortir de son conditionnement, de pouvoir s’échapper, et c’est ce que j’ai fait. C’est en quelque sorte la suite logique de ce que j’étais.





Quelles musiques vous inspirent, vous influencent ?

J’écoute beaucoup de rock aussi et ça m’influence énormément, ça m’ouvre des portes sur des visions que je n’avais pas vraiment sur une musique ou sur du texte ; ça m’ouvre les horizons, comme la vie en fait. Je n’ai aucune influence directe ; tout ce que j’écoute, tout ce que je vis, tout ce que je vois, tout ce que j’entends, j’arrive à l’éponger et à le digérer.


Y a-t-il des collaborations dont vous rêvez ?

Rencontrer The Libertines ou des groupes de rock anglais, américains pour se rejoindre sur un morceau.





Quels sujets vous turlupinent actuellement ?

Récemment, j’ai écrit pas mal de textes qui parlent du présent, des sentiments humains et même d’amour.


L’actualité ne vous inspire toujours pas ?

C’est rare que l’actualité m’influence. Je ne me tiens pas au courant des informations, je ne regarde pas la télé, je n’écoute pas la radio, je ne lis pas les journaux… Il faut vraiment que ça soit gros pour que ça arrive jusqu’à moi. Je ne suis pas non plus déconnecté de la réalité, mais je ne suis pas trop l’actualité.


Le peu de critiques que vous avez eues sont celles qui pointent votre manque d’engagement. Est-ce quelque chose vers lequel vous aimeriez tendre ?

Non car aujourd’hui, le monde du travail est déjà tellement compliqué pour les jeunes, qu’ils soient diplômés ou non, que le fait de vivre de sa musique et de dire qu’on y croit est déjà une forme d’engagement. Même si j’aime bien l’idée de faire passer des messages, de faire attention à la justesse des mots, à mon sens, la musique doit rester du divertissement. Je n’ai pas envie de donner des leçons, de mettre une espèce de distance intellectuelle à la musique. Je suis engagé sur les humains, sur ce que l’on peut ressentir au quotidien, c’est ça ma petite révolution.





Vous êtes célèbre pour vos emprunts à l’art et la littérature dans vos textes. Qu’est-ce qui tournera avec vous cet été ?

Récemment j’ai acheté Vernon Subutex de Virginie Despentes, le 1er tome de la trilogie et un recueil de nouvelles poétiques de Patti Smith, ce sont les prochains livres que je lirai. Au niveau musical, j’aurai forcément l’album de 2013 de l’artiste King Krule que j’aime beaucoup, ainsi que le dernier album, Relaxer, de Alt-J que j’écoute très souvent. En ce moment, je réécoute aussi l’album posthume de Joe Strummer, Streetcore, avec Les Mescaleros. Et aussi un rappeur belge, ISHA, La vie augmente.


Comment se profile votre été ? Tournée ou tranquillité ?

Je fais beaucoup de festivals en juin et juillet ; ça se calme un peu en août et septembre. Mais après je repars à fond dès octobre.

musique
  • Création : 13/7/2017
  • Mise à jour : 13/7/2017

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