Bruno Salomone dans Euphorique : « J’avais envie de fusionner les genres »

Le Festival d’Anjou a pris l’habitude de fêter sa clôture dans l’humour. Pour sa 68e édition, c’est plus exactement dans l’ambiance Euphorique de Bruno Salomone que l’on savourera la dernière nuit du festival.

Avec ce spectacle qui tourne depuis un an, le comédien connu pour ses rôles dans la série Fais pas ci, Fais pas ça ou le film Brice de Nice remonte seul en scène, dans un conte moderne déjanté : l’histoire de Golri, l’homme qui rit sans relâche depuis les premières minutes de sa vie. L’œuvre Euphorique d’un Bruno Salomone libéré.





Connaissiez-vous le Festival d’Anjou avant d’y être programmé ?

Je ne suis jamais venu, c’est une première. Avec Nicolas Briançon, on s’est rencontré au Club de Cristal où j’ai eu le prix du meilleur one man show. On était à table à côté, et les choses se sont faites ainsi.


Voici une quinzaine d’années que vous n’avez pas été seul sur scène. Un manque ?

J’ai toujours continué à faire du théâtre mais cela faisait au moins 16 ans que je n’étais pas remonté seul sur scène et effectivement, ça me démangeait. C’est viscéral, j’en avais le besoin car dans une pièce de théâtre, on ne peut pas se permettre ce que l’on fait en one man show. Un one man show, c’est ce qu’il y a de plus intime et personnel, d’où l’appellation… On écrit les choses, on est dans notre univers, on se connaît, on sait ce qu’on peut faire ou non. On est tout seul, soi-même ; on est le chef d’orchestre finalement.





Ce spectacle, Euphorique n’est ni un stand-up, ni vraiment un one man show. Comment le situez-vous ?

Je ne voulais pas faire un stand-up. D’abord parce que ça ne veut rien dire. Le terme Stand-up est revenu à la mode mais auparavant Bedos, Devos, Coluche faisait du stand up ; c’est juste quelqu’un qui parle à un public. Ensuite, on peut nuancer en disant que dans un one man show, il y a l’idée d’interpréter des personnages, de raconter des mini histoires. Et pour ma part, j’avais envie de raconter une histoire globale, on est donc davantage dans le seul en scène. Je ne voulais pas embrouiller le public, mais faire un hybride de tous ces exercices : j’interprète plein de personnages et je raconte une seule histoire. J’avais envie de fusionner les genres car l’art nait de la fusion. Ça ne devait ressembler à personne d’autre. Pas simplement pour se faire remarquer mais parce que ça me correspond davantage.

Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il se produit chaque fois une sorte de mimétisme, un phénomène de mode très bizarre dans le one man show. Il faut le faire de telle manière et pas autrement. Et c’est peut-être pour cette raison que je ne suis pas revenu avant : j’avais l’impression qu’il fallait faire ça pour plaire, mais je n’ai justement pas envie de faire ce qu’il faut faire. Juste envie de faire ce que je ressens, envie d’être moi tout simplement. Et beaucoup de comédiens m’ont dit : « Tu nous fais plaisir parce que tu sors des codes du stand up classique. » Ça signifie qu’il est possible de mélanger les genres, sans que je ne raconte ma vie ou que je m’en tienne à des personnages sans liens.


D’où est venue l’idée de raconter l’histoire d’un bébé né en riant ? Est-ce votre cas ?!

Bien sûr, je suis né en riant ! Je fais partie des 1 pour 7 milliards ! Naître en riant, c’est une blague que j’ai entendu plein de fois, d’autant dans notre métier où il y a un peu cette idée, dans l’inconscient collectif, que le comique se marre. Ce qui d’ailleurs est absurde car le comique ne se marre pas, il fait marrer. C’est la nuance que l’on comprend quand on voit le spectacle : le personnage rit tout le temps, mais en grandissant, il doit trouver une fonction dans la société, et trouver un métier quand on se marre tout le temps n’est pas évident ! On est crédible en rien ! Que l’on soit flic, médecin, banquier, braqueur de banque ou même mendiant, on n’est pas crédible. Mais ce personnage doit pourtant trouver un rôle et tout l’intérêt réside dans l’idée que se font les gens de la fonction que je vais lui trouver.





Dans Euphorique, la conception de Golri pourrait être « Rire de tout, tout le tout temps, c’est important » ?

L’idée, c’est qu’il ne peut pas faire autrement, qu’il ne connaît pas d’autres émotions. Il est atteint d’une maladie orpheline ; elle existe réellement mais elle est moins drôle dans la réalité. En version marrante, il prend tout à légère. On a l’impression que rien ne l’atteint mais ça rend tout le monde dingue car personne n’a d’emprise sur lui. Quelqu’un qui rit tout le temps ça vous rend fou, car que vous soyez sa mère, son père ou bien un médecin qui va jusqu’à le torturer, vous vous rendez compte que rien n’y fait, il ne changera pas.


Dans ce spectacle vous incarnez une quarantaine de personnages. Cela fait écho à votre carrière passée, en solo ou avec les Nous C Nous…

C’est là où je m’épanouis le plus. Je n’aime pas rester sur un même personnage, je préfère évoluer et en jouer de nouveaux en permanence. C’est ce qui est ancré en moi, je viens du café-théâtre, du one man show, j’ai commencé ainsi. C’est ce qui m’habite profondément, me constitue, donc quelque part, ces personnages font partie de moi.





Tout le monde s’accorde à dire que c’est un spectacle un peu dingue qui part dans tous les sens sans jamais se perdre. Vous ne vous y perdez pas vous-même ?

Je l’ai bossé ! On a l’impression que le spectacle part dans tous les sens, mais ce n’est pas le cas, tout est très structuré. Je me suis vraiment pris la tête pour raconter une histoire et la faire avancer chaque fois, tout en étant toujours dans des situations comiques fortes. Et Gabor Rassov qui m’a aidé à construire ce spectacle et l’a mis en scène a été un élément très important dans la réussite de ce spectacle. Je trouve qu’on est dans quelque chose d’atypique, vraiment un voyage. Un voyage parce que c’est l’aventure de quelqu’un. Comme lorsqu’on va au cinéma et qu’on se laisse embarquer par l’histoire.


Pourquoi Golri ?

Il est appelé ainsi par son père, un mec de cité, qui parle verlan. Les jeunes disent « golri » régulièrement et d’ailleurs, c’est drôle parce qu’ils ne le conjuguent pas : « on a bien golri, c’est golri ». En tout cas, j’ai l’impression que le verlan est rentré dans le langage courant. Mais je sais que le rapport au verlan est différent selon où on se trouve. Par exemple en Belgique, c’est tout de suite passé mais quand je suis passé à la Rochelle, j’ai senti qu’ils étaient moins réceptifs au verlan.





Les humoristes que vous suivez ?

Aucun ! Je n’aime pas les autres. Je suis très friand d’humoristes, je collectionnais les vinyles quand j’étais petit ! J’ai adoré Eddy Murphy par exemple, mais j’étais moins fan des humoristes français. Aujourd’hui, beaucoup me font rire, comme Fabrice Éboué, Thomas N’Gijol, Gaspard Proust, ou dans un autre genre, Didier Super !


Et suivez-vous de jeunes talents ?

Pour moi, il faut une certaine maturité pour faire de l’humour a volo. Quand on est vert, c’est compliqué d’avoir du fond, d’avoir de la fibre sur le jeu. Il faut beaucoup bosser pour y arriver.


Vous parlez de vous en disant cela ?!

Vous le pensez ?! En terme d’énergie, quand on est jeune, c’est extraordinaire, on peut faire des choses incroyables. Mais en terme de texte, je n’aurais pas pu rédiger il y a 20 ans ce que j’écris aujourd’hui ; par contre, je n’ai plus la même énergie que j’avais à 20 ans ! Forcément. J’aime l’énergie mais je suis plus friand des textes, et tant qu’à faire, j’aime quand il y a les deux.


Cinéma, télévision, théâtre… vous êtes partout ! Un exercice préféré ?

S’il faut faire un choix entre le chocolat et le café, ce n’est pas évident. Ça n’a rien à voir et j’ai la chance de faire les deux, c’est un privilège. Mais ce qu’on ressent sur scène et avec le public est incomparable. Il y a une sorte de transe, d’état second que l’on ne peut pas avoir devant une caméra, c’est beaucoup plus jouissif. Avant de monter sur une scène, c’est moins agréable car on a un trac plus fort qu’au cinéma, mais une fois qu’on est en scène, c’est le pied intégral.

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  • Création : 12/6/2017
  • Mise à jour : 12/6/2017

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