Anthony Kavanagh : « Show Man est un strip-tease virtuel, où je me mets complètement à nu »

Il sait tout faire et surprend encore. Six ans après Coming Out, Anthony Kavanagh se dévoile davantage dans Show Man, un spectacle où le personnage et l’homme tendent à se confondre. Entre les vannes, tacles, épisodes délirants pointe l’émotion sur des sujets sérieux ou intimes. Une facette de l’humoriste québécois que l’on connaît peu et que l’on a voulu creuser.

Vendredi 24 mars, Anthony kavanagh est à Andard, grâce au Restau-Théâtre qui ‘linvite à faire son show dans une formule dîner-spectacle !


Le fil rouge de se spectacle tient en une phrase : « Si la vie est un jeu, en voici les règles ». Qu’avez-vous voulu transmettre ?

C’est comme si je terminais un jeu vidéo et que je vous le donnais en vous prévenant qu’au niveau 3, il y a une explosion, qu’au niveau 5, il y a un trou derrière la porte… Je vous raconte ce que j’ai vécu pour vous aider. Ou pas d’ailleurs ! Je parle de ma vie avec des anecdotes sur mon métier, ma famille, tout en faisant référence à nos émotions, à notre rapport au corps… Je réunis l’artiste et l’homme de la vie de tous les jours.





Vous donnez effectivement pas mal de « recettes » pour aborder l’existence. Etes-vous devenu coach, psychologue ?

Dans la vie privée, je m’intéresse beaucoup à toutes les questions de développement personnel, de psychologie. Et tout ce que j’avance est vrai, je ne l’ai pas sorti de mon chapeau, j’ai beaucoup lu, puisé dans de vraies références. C’est un mélange de tout ce que j’ai appris et des clins d’œil à mon passé. Le spectacle se résume un peu par : le voyage intérieur est le plus beau voyage.
Dans l’écriture du spectacle, c’est d’ailleurs ce qui a été le plus délicat : d’abord ne pas passer pour un donneur de leçons parce qu’en France c’est très facile d’être taxé de la sorte ! En Amérique, il n’y aurait pas ce souci là. On peut y aller franco parce que la culture du développement personnel est plus répandue ; on essaye de s’améliorer, on se donne des conseils…

Ensuite, je souhaitais que chaque pensée sur notre manière de fonctionner soit associée à une anecdote personnelle, réelle de ma vie. Le spectacle est donc la moitié d’un show, la moitié d’un séminaire avec des moments très légers et d’autres plus profonds. Car il faut que j’écrive des choses légères pour que le public puisse écouter le grave.


Faire fusionner l’homme et le personnage était-il une nécessité pour dévoiler une facette plus sensible de vous-même ?

Les deux personnages se rejoignent. L’humoriste confiant, aguerri, expérimenté, qui balance des petites piques à droite et à gauche, et puis il y a l’homme et son côté fragile. C’est une sorte de strip-tease virtuel, où je me mets complètement à nu. Show Man parle de ce qu’est « être humain » et l’homme doit passer par des deuils, des séparations, comme je l’ai vécu. La perte d’un parent, d’un enfant est le plus grand stress de l’être humain.

Je gardais ces idées pour moi, me disant que cela n’intéressait pas les gens et me concernait trop personnellement. Mais je m’étonnais que beaucoup de gens me disent souvent que tout était facile pour moi, une partie de plaisir… Alors que rien n’a été facile dans ma vie, je ne l’ai seulement pas étalé dans les journaux ou à la télévision.





Vous invitez le public à réfléchir sur sa vie, ses actes, à prendre du recul… Parvenez-vous à mettre vous aussi les événements difficiles à distance ?

J’ai été obligé d’apprendre très jeune ce rôle ; le métier d’humoriste oblige à le faire. Il y a une expression américaine qui dit : « Il/elle ne pleure pas parce qu’il est faible, il pleure parce qu’il a été fort trop longtemps. » J’ai donc appris à tout comportementaliser, parce que mes parents ont été à l’hôpital, en danger de mort pendant 12 ans. Quand j’étais au lycée, mon père a frôlé la mort. J’ai vécu des moments très difficiles, comme lorsque je quittais le chevet de ma mère mourante pour aller faire rire les gens. Et c’est le métier le plus difficile : faire rire les gens lorsque l’on souffre, mais en même temps, on transforme nos souffrances en rire. C’est un métier d’alchimiste.

Dans Show Man, vous avez réussi ce tour de force en évoquant par exemple le deuil…
Ça faisait longtemps que je voulais utiliser la question du deuil, avoir le recul nécessaire pour le faire. Mais je ne savais pas comment l’aborder. Et puis j’ai écouté ma petite voix… En fait, Show Man a eu deux vies. Ma première intuition était de faire le spectacle que vous voyez actuellement, mais je travaillais avec une autre équipe qui n’avait pas cette sensibilité et la première version ne me ressemblait pas. J’ai fait Danse avec les stars, je me suis vidé la tête, le corps et j’ai réécrit le show que mon cœur me disait d’écrire.





Il y a une grande part d’authenticité, que ce soit dans le texte mais aussi le format. Était-ce un désir de votre part ?

A chaque spectacle, je me défie d’innover pour ne pas faire la même chose. Je donne 50% de ce à quoi s’attend le public et je me laisse 50 % pour explorer autre chose, une facette qui me plait. Quand on fait toujours la même chose, le public se lasse, mais si on fait quelque chose de trop différent, cela peut être déstabilisant aussi. Il faut trouver un entre-deux.

J’ai voulu faire moi-même la mise en scène car ce spectacle, c’est l’homme, la vraie personnalité qui parle, sans l’artifice du théâtre. Il fallait donc que ça reste brut, entier pour être réaliste. Je n’ai pas voulu d’un metteur en scène qui m’apprenne à pleurer, à être ému. Si ça n’avait pas été mon texte, j’aurais accepté d’être mis en scène, mais là, il fallait qu’il y ait mes tripes sur la table, que je sois vrai, à poil, sinon les gens n’y auraient pas cru. Je voulais surprendre, que le public ne sache jamais quelle émotion allait suivre.

Sur scène, je viens de mourir et je retrouve le public dans une salle d’attente. Je ne sais pas où je suis et tout me revient d’un coup : je me rends compte que je suis une âme ; je sors de cette illusion, de ce manège en me disant que ce que j’ai vécu était plus que vrai. Et je me mets à raconter. C’est donc bien moi qui doit parler au public…

La première fois que l’on a rôdé le spectacle, j’ai pleurais comme une madeleine parce que je ne m’attendais pas à ressentir tout cela. Je pensais que ce dont je parlais était géré, passé, et sur scène, pour que ce soit vrai, je dois finalement revivre le moment comme si j’y étais. Je me retourne, je revois tout : comme la chanson que je chante à la fin, je l’ai vraiment chantée… et j’en pleure vraiment. Je ne pleure pas tous les soirs non plus ! Mais 97% des fois, des larmes coulent.

Quand je suis très fatigué, il faut garder l’équilibre, ne pas basculer dans trop de pathos pour éviter de perdre le public. Quand je parle de mon père, je fais ensuite une vanne, en disant aux gens qu’ils peuvent rire de ma douleur : Je vous raconte mon histoire, mais c’est drôle aussi.





Vous raconter vous rapproche-t-il de votre public ?

C’est une super aventure, très poignante. Les gens viennent me parler parce qu’ils ont vécu ceci ou cela, des choses drôles ou difficiles ; ils ont vécu le trip avec moi, l’ascenseur émotionnel, les hauts, les bas, les surprises… On fait tout ensemble : on parle ensemble, on rit ensemble, on sort la merde ensemble.


Malgré les sujets parfois difficiles, vous véhiculez un message très optimiste. Était-ce une volonté ?

Avec ce show, je voulais faire du bien. J’en ai marre du cynisme. Aujourd’hui, il est normal d’être cynique, pessimiste, violent, ultra critique, limite belliqueux. En France, à la télévision, il n’est pas normal de parler d’amour, de partage, de gentillesse ; on est tout de suite taxé de pauvre naïf qui n’a rien compris. Pourtant ce n’est pas normal d’être adapté à un monde malade, inadapté ! J’ai toujours gardé ces idées pour moi ; j’évitais certains plateaux où critiquer, taper sur les gens, brasser du négatif est un passe-temps car je trouvais que ça n’apportait rien, seulement du négatif. Et ce n’est pas ma sensibilité. Le côté mielleux peut avoir un côté ennuyeux, mais le lynchage médiatique et les critiques à tout va pour créer le buzz me fatiguent aussi.

Avec Show Man, j’avais simplement envie que les gens se sentent bien, en ne passant pas seulement par le rire. Que le public se disent à un moment : « Ça m’a ouvert l’esprit… il m’a donné envie de… je regarder la vie d’un autre angle… » Comme je le dis dans le spectacle : Change de point de vue, tu changes ta réalité.

J’aurais aimé aller plus loin dans le show, mais je ne pouvais pas en donner trop, trop vite, et le spectacle aurait duré quatre heures !





Dans le spectacle tel qu’on le voit en France, vous abordez nos mentalités, nos préjugés… Vous vous moquez beaucoup de nos travers. De Youssou N’Dour à Danse avec les Stars…

Je parle de la société française, mais elle pourrait être européenne. Le spectacle présenté actuellement est pour la tournée française. Quand je suis en Suisse, en Belgique ou au Maghreb, j’adapte le spectacle. Au Canada aussi. Mais les problème sont les mêmes partout. Ce qui est fou, c’est que malgré le filtre culturel et l’éducation, on fonctionne tous de la même manière, on a tous le même cerveau ; cela me permet d’aborder les mêmes sujets en prenant appui sur des exemples différents selon les pays. Sinon, dans le spectacle, ce sont simplement les références qui changent : En France, Youssou N’Dour marche très bien par exemple !


Sur scène, vous donnez toujours autant d’énergie, mais vous semblez moins partir dans tous les sens… on vous sent plus concentré…

Il y a le côté cartoonesque du premier chaud, plus la profondeur, ce qui donne un peu cette impression. Le show me demande beaucoup d’énergie. Pour que les gens ne décrochent pas, il faut que je sois ultra présent pare qu’il y a beaucoup de matière. Et ce que j’ai appris au fil des années et que je dis parfois aux jeunes humoristes : « si tu n’es pas drôle, soit intéressant ». Même sans vanne, on peut capter l’attention des gens.





Vous restez un grand improvisateur…

J’aime sortir du spectacle, sinon je m’ennuierais à mourir : je ne peux pas faire un show figé. J’ai joué dans des comédies musicales mais à la longue, je me lassais de ne pouvoir sortir du texte. Dans un spectacle, tout dépend des rires du public, mais le spectacle vivant doit l’être !


Vous êtes comme ça dans la vie aussi ?

Quand on débute sa carrière, on reste en permanence dans le show, comme on est sur scène. Ensuite ça devient un travail et on trouve un équilibre. Aujourd’hui, dans la vie, je préfère que ce soit les autres qui me fassent rigoler. Je laisse la place, je n’ai pas besoin de prendre trop de place. Dans le spectacle par exemple, il fallait que l’homme privé soit plus présent sur scène mais que l’homme de scène soit plus présent dans la vie aussi. Le mec à la répartie facile, plus fou, qui n’a peur de rien devait redevenir plus présent dans la vie. Comme quoi… Quand on sépare trop les choses, à la longue, ça crée un déséquilibre.

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  • Création : 21/3/2017
  • Mise à jour : 21/3/2017

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