Arno Gonzalez : « Le Modern Festival, toute la diversité de la musique électronique »

Suite logique à 15 ans d’activisme et d’organisation de soirées, le Modern festival pensé par l’association Dirty Frenchy (soirées Modern, Domingo…) joue gros pour sa première édition. Quatre soirées s’enchaînent pour faire vivre la musique électronique, de quelques dates en bars jusqu’au Parc des Expos d’Angers.

Petit point avec Arno Gonzalez , producteur angevin et programmateur du festival qui, avec Florian Champion, a mis beaucoup d’énergie dans ce nouveau pari.





Pourquoi monter un Modern Festival et ne pas se contenter de vos soirées récurrentes ?

C’est dans la continuité de ce que l’on réalise depuis 15 ans avec Dirty Frenchy . Au départ, les soirées Modern avaient lieu dans un petit club, le Jungle Jane, puis on a rencontré le succès. Quand le club a fermé, le Chabada nous a ouvert ses portes et ça a perduré. Mais à côté, d’autres concepts ont vu le jour comme les Domingo au Bar du Quai par exemple. Aujourd’hui, on a envie de quelque chose de plus grand, de développer la programmation ; il nous fallait donc des lieux de plus grande capacité.


Vous passez d’une soirée au Chabada à quatre soirées, dont une au parc des Expos. C’est une grosse prise de risque…

La seule inconnue, c’est vraiment le Parc des Expos. Car on est habitué aux soirées dans les bars, au Bar du Quai avec les Domingo par exemple. Même le Chabada, c’est balisé, les soirées Modern remplissent chaque année. Le stress est surtout présent pour le Parc des Expos mais c’est un nouveau défi à relever.

Ce n’est pas une petite salle, les coûts logistiques sont différents, mais on stresse aussi au niveau de la programmation car on tape sur des têtes d’affiche internationales. On n’est pas sur une programmation mainstream : l’idée est de garder l’identité des Modern avec de la musique électronique de qualité. On n’est pas sur un effet de masse : on sait que tous les étudiants ne vont pas se jeter dessus car on est sur des noms plus pointus.

C’est donc une prise de risque car il faut fédérer au niveau local mais aussi régional. Néanmoins on reste confiant ; on a vu par exemple une association rennaise qui a le même profil que le nôtre monter son propre festival (Made Festival). Dans nos connaissances, on a aussi des organisateurs de festivals tels Astropolis à Brest qui font ça depuis 25 ans et qui nous encouragent, nous « chaperonnent » d’une manière bienveillante. On ne part donc pas non plus dans l’inconnu.

Programmation Modern Festival





Y a-t-il selon vous un manque à Angers ?

Je ne sais pas. Il y a en tout cas le manque d’un vrai club avec une identité musicale, comme dans d’autres villes où certains clubs prennent des risques au niveau de la programmation musicale. Dans les clubs angevins, on fait un peu le forcing pour organiser nos événements : ils sont donc rares et généralement, on n’a pas accès aux week-ends. Alors que dans chaque ville de cette taille, il y a un club qui revendique cette culture des musiques électroniques ou plus underground. À Angers, en centre ville, ce n’est que de la musique généraliste, et les gens ne viennent pas pour la musique…

Mais je ne sais pas si on peut parler de manque dans le sens où beaucoup de collectifs existent à Angers. Certains ont d’ailleurs émergé grâce à nos années d’activisme : ramener des invités intéressants a contribué à faire grandir le petit mouvement angevin, et on en est très fier ! Dans le grand ouest en tout cas, il y a une demande, on espère la satisfaire !


Est-ce un festival que vous souhaitez pérenniser ?

C’est l’objectif ! Si l’on fait un festival de cette ampleur à Angers, ce n’est pas pour un one shot. Mais tout dépendra de la santé financière de la structure après l’événement. Aujourd’hui, on prend énormément de risques : on n’est pas énormément soutenu, on ne peut pas courir après tout le monde, donc on le monte avec notre énergie et on fait ça à l’huile de coude comme on l’a toujours fait. En tout cas, si l’on arrive à transformer l’essai cette année, c’est sûr, on repartira pour une autre édition.



Octave One & Josh Wink


Quels étaient vos objectifs de programmation ?

Ce que l’on ambitionne, c’est d’avoir une programmation de la qualité d’Astropolis ou des Nuits Sonores ; on ne voulait pas faire un sous-festival sous prétexte que l’on est dans une petite ville. On a envie de donner un équivalent et de fédérer un public. (…) On est très content de cette programmation, d’abord parce qu’on réunit des artistes qui ne sont jamais venus ou très rarement dans le grand Ouest.

Mais aussi parce qu’on a une médiane entre le côté américain, allemand et français, et c’est ce qu’on voulait représenter sur le festival. Pas se concentrer sur un créneau mais montrer toute la diversité de la musique électronique ; que les artistes viennent de tous les horizons et que suivant les pays, les styles diffèrent. Tout en gardant un côté puriste et underground.


Vous axez donc davantage sur le côté underground de la techno…

Ce qui nous tenait à cœur, c’était de revendiquer la techno et la house mais pas la techno dure, violente, qui tape trop. On voulait montrer que dans la techno, il y a du groove. Et ce sont des artistes comme Octave One ou Josh Wink qui le prouvent. À la base, la techno, même de Detroit, c’est une musique noire, inspirée par le motown ou le funk, et ça groove. C’est ça la vraie techno !


Quels sont les plus gros « pôles » de la musique techno ?

La techno telle qu’on l’entend, de Jeff mills ou Carl Craig par exemple, est la techno de Detroit, son origine. Aux États-Unis, il y a eu la techno de Detroit, la house de Chicago et de New York, et plus tard la tech-house de Californie. Ça a souvent été rattaché à des artistes qui ont eu du succès et ont développé leur propre patte. Ensuite ce sont des copies, mais ça n’a jamais égalé les grands.

Donc dans les gros pôles, on compte d’abord les Etats-Unis, puis l’Angleterre et l’Allemagne qui ont influencé le reste du monde. Ensuite la France. Malheureusement, la France est plus connue pour des trucs très commerciaux, Daft Punk, Justice, Bob Sinclar, David Guetta… Mais du côté underground, on a un certain nombre d’artistes qui créé et imposé leur propre univers au fur et à mesure des années, sans jamais renier les origines de leur musique.

Après d’autres courants sont arrivés, d’Afrique du Sud par exemple avec des DJ qui jouent de la house très très lente, typique de là-bas. Mais est-ce que ça a eu le même impact que les artistes pionniers ? Je n’en suis pas sûr.



Margaret Dygas & Dominik Eulberg


Les coups de cœur de votre programmation ?

Sur cette programmation, je suis heureux de chaque artiste présent ! On a la chance de recevoir des monstres sacrés de la techno comme le duo américain Octave One ou encore Josh Wink, qui est la quintessence du live, venu de Detroit, la ville d’origine de la techno. Sur son set up, il va y avoir un paquet de câbles et de machines inimaginables, que des vieux synthés, des vieilles boîtes à rythmes. Je sais déjà que leur live va être un des temps forts du festival.

Je suis très fier de recevoir également Margaret Dygas, une DJette allemande qui tourne dans le monde entier et qui est une résidente du fameux Panorama Bar, un club typique de Berlin. Je pense aussi à Point G (ex DJ Gregory), un artiste français de live reconnu à l’international pour la qualité de son travail. Il y a aussi Dominik Eulberg, un artiste allemand. J’adore son profil parce que c’est une vraie star en Allemagne et dans le monde, mais il est aussi ornithologue ! Il partage sa vie entre djing, production musicale et passion pour les oiseaux et la nature. On a aussi la chance d’avoir Cabanne. Un artiste français qui tourne énormément à l’étranger et depuis très longtemps.

On a mis huit mois à boucler cette programmation et on est très content de l’avoir ficelé ainsi. On se demande parfois si au niveau artistique, on a bien fait de faire parler le cœur avant le côté buzz, mais je pense que c’était la bonne solution et on en est très content. Cela montre que le festival ne ressemble pas du tout à ce qui se fait en ce moment. Sur les actuelles affiches de festivals electro, on fait toujours venir les mêmes pour faire venir du monde. Mais on a préféré l’option prise de risque, avec de grands artistes et de vrais coups de coeur.


Du 17 au 20 novembre 2016

Parc des Expos // Le Chabada // Bar du Quai // Le Bazar // Le Dublin’s // Le Joker’s Pub

www.modernfestival.fr

festival
  • Création : 16/11/2016
  • Mise à jour : 17/11/2016

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