Alexis HK, dans Georges & moi : « J’avais envie de parler du Brassens un peu punk »

Alexis HK est à Saumur jeudi 2 février 2017. On connait Alexis HK pour ses chansons à textes, perles poétiques et malicieuses. Depuis un an, l’auteur-compositeur ne se fait qu’interprète, celui des chansons de Georges Brassens, dans un spectacle entre concert et conversation : Georges & moi. Retour en quelques mots sur ce drôle de récital qui agite l’esprit caustique du libre penseur.


Vous terminez la tournée du spectacle « Georges et moi » en décembre après plus d’une année de tournée. En gardez-vous des moments inoubliables ?

Il y a de très beaux moments d’échanges avec le public, notamment après le spectacle. Par exemple, je suis allé jouer à Vaison-la-Romaine et j’y ai rencontré le jardinier de Brassens, qui l’a servi pendant des années, puis est parti vivre en Allemagne. Et il est venu avec des cartes postales que Brassens lui envoyait. C’était très émouvant : il avait un peu la larme à l’œil en me les montrant. J’étais ému aussi car une carte postale, c’est aussi beau qu’un poème, simple mais très intime.

J’ai partagé avec le public une sorte d’amour et de sympathie profonde pour Brassens car au delà du chanteur, il y a un personnage profondément attachant, que ce soit pour les gens qui l’ont rencontré ou non, pour qui il a toujours été un personnage rassurant, avec une liberté de pensée, de la poésie, etc.





Que vient chercher le public rencontré ? Brassens ou Alexis HK ? Un mélange des deux ?

Un mélange des deux je pense. Mais j’aime beaucoup quand les gens viennent pour moi parce qu’ils ont envie de me voir sur scène, sans forcément trop connaître Brassens. C’est une manière d’approfondir. Ça faisait aussi partie de mes ambitions quand j’ai commencé ce projet : transmettre Brassens à ceux qui le connaissent peu. Tout le monde le connait dans ses grandes chansons, mais son œuvre est tellement immense qu’il faut toujours creuser. Je n’en chante qu’un millionième mais ce ne sont pas forcément ses chansons les plus connues. Je partage une sélection de chansons ; tout le monde n’aurait pas forcément choisi ces chansons là.

C’est très agréable quand on sait que ça donne ensuite envie de l’écouter ou de le réécouter. Je préfère ça que des fans de Brassens qui viennent en se demandant si je vais le massacrer ou lui faire honneur… Mais en général, j’ai de bons retours.


Pourquoi avoir choisi de reprendre les textes les plus piquants, irrévérencieux de Brassens (La Femme d’Hector, Les Trompettes de la Renommée, Misogynie à part, La Fessée, La Religieuse …) ?

Il y a plein d’angles, une infinité de combinaisons et de thématiques possibles. De mon côté, j’avais envie de parler du Brassens un peu punk, c’est-à-dire celui qui n’hésitait pas à dire des choses qui pouvaient gêner dans une époque où on n’était pas très libre, où on ne pouvait pas dire tout ce qu’on voulait. Il a d’ailleurs été censuré. Et puis j’aime quand il dit des gros mots et parle de sexualité car il a une façon d’aborder la sexualité qui est semblable à du théâtre de boulevard. Sur les sujets difficiles, il s’en sort toujours avec une espèce de flegme incroyable !

J’ai choisi la direction : « Je m’appelle Brassens et je vous emmerde ! » J’aime bien cet aspect de lui et j’ai une nostalgie des libres penseurs qui ne sont pas de faux apôtres mais simplement des mecs qui chantent, qui ont du talent, qui disent « je vous emmerde » et font du bien à tout le monde. Parce que c’est très drôle, c’est du 3e degré ! C’est vrai que l’un des grands aspects dont je suis très amoureux, c’est cet humour flegmatique, tellement distant avec la vie et en même temps tellement tendre. C’est ce Brassens là que j’avais envie d’aborder, même s’il a bien d’autres aspects.





Quel est votre rapport à Brassens ? Plutôt celui de ses chansons, de son univers musical, ou plutôt un rapport à l’homme ? Cela semble mêlé chez vous…

C’est lié parce qu’il y a les chansons et celui qui les incarne, avec sa personnalité. Je suis très attiré par les personnalités d’artistes un peu fragiles, timides et qui se servent aussi de la chanson pour sortir de leur propre cage. Il y en a quelques-uns comme ça que j’adore parce qu’ils ont à la fois le talent de l’écriture du propos et une interprétation qui est simple, jolie et qui peut aussi être un peu fragile. Brassens est une espèce de grand colosse mais avec un regard doux, très tendre, réservé, qui n’aime pas trop se mettre en lumière. Je trouve que ça lui donne un charme supplémentaire : c’est plaisant de voir qu’un artiste timide a réussi à avoir un tel succès ; cela signifie que les gens ne sont pas dupes. En chanson, il n’y a pas qu’un public pour les choses qui brillent, mais aussi de la place pour la poésie, les mots et les personnalités douces qui sont capables de dire des choses qui font réagir. C’est vrai qu’il y a cette attache pour lui.

Ce qui est également intéressant, c’est que je ne suis pas de sa génération, mais de celle des enfants, qui l’ont écouté et connu de son vivant. Il a donc toujours été une espèce de fantôme très bienveillant. Même quand je faisais autre chose, il y a toujours un moment où il s’est rappelé à moi. C’est une sorte de fantôme qui m’a porté chance parce qu’il m’a donné envie de chanter, parce qu’il m’a montré un aspect de la vie rassurant. Tellement qu’à un moment donné que je me suis dit que j’allais faire un truc drôle autour de lui parce qu’il a une signification particulière dans mon parcours d’artiste mais aussi dans mon développement d’humain. Quand on n’est pas très croyant, plutôt sceptique, on aime bien écouter Brassens parce qu’il nous ramène à nous-mêmes et nous pousse à nous faire une idée sur les choses. Entre autres.





Beaucoup d’adjectifs pourraient caractériser Brassens : libre, drôle, pacifiste, impertinent, poète, fraternel… Est-ce des traits de personnalité qui vous caractérisent également ?

Je me retrouve dans sa timidité, dans sa fragilité car je pense que chanter et avoir du succès comme il en a eu, est un défi pour soi-même. Aller chercher des mots ou des chansons qui vont pouvoir se raconter, se partager, c’est aussi une vraie démarche de solitaire, un peu ours dans sa littérature, mais qui, finalement, a besoin d’être en contact avec le monde. Je ressens vraiment ça. Brassens a un côté très réservé, très pudique, secret. Dans sa démarche, c’était quelqu’un qui passait son temps à la bibliothèque, y lisait cinq livres par jour en prenant des notes ; il a vraiment fait sa culture tout seul et avait un naturel assez solitaire et je partage un peu ce trait de caractère là.

Mais je ne prétends à aucun moment partager le millième de son talent. Ça me fait plaisir de voir écrit « le petit fils de Brassens » mais je le prends comme une filiation, pas comme une comparaison de talent car c’est impossible de se comparer à une étoffe telle que celle-là. Tous les chanteurs en ont conscience. Par contre se rapprocher de lui avec amitié et reconnaissance, c’est ce que j’avais envie de faire.


Georges Brassens n’aimait pas ni les hommages, ni que l’on considère son œuvre comme telle. Comment êtes-vous parvenu à faire de ce spectacle autre chose qu’une commémoration ?

J’en ai fait une sorte de dialogue imaginaire assez intime. J’ai essayé d’être le plus personnel possible en disant : « voilà Brassens, c’est ainsi que je dialogue avec lui, voilà ce qu’il m’a apporté » et ainsi de suite. J’ai tenté de ramener le public au rapport que chacun a avec Brassens, qui est très différent d’une personne à l’autre. Je voulais ramener le personnage à un degré d’intimité qui dépasse les hommages nationaux ou les enterrements de première classe ! On est dans le « homme à homme » ou le « homme à esprit », on fait revenir le poète par évocation. Et surtout, cela a vocation à être léger et drôle. C’est un spectacle qui veut amuser et en même temps rendre hommage aux chansons par le prisme du rire, et pas simplement les faire entendre pour elles-mêmes. Les chansons sont mises en valeur par un récit qui vient les ponctuer.





Avec ce spectacle, vous touchez davantage le théâtre, une discipline sur laquelle beaucoup vous attendent depuis longtemps étant donné vos concerts-spectacles précédents. Ce spectacle vous a-t-il donné d’autres envies que la chanson ?

Ce serait un défi immense de jouer dans une pièce de théâtre et d’incarner complètement un rôle en dehors de mon petit univers de chanteur. Ce serait un défi qui me mettrait une grosse pression. Je suis très impressionné par la comédie et les grands acteurs ; c’est donc une discipline que je regarde du coin de l’œil mais qui me fait quand même un peu peur. C’est vrai qu’ici je me suis permis une extension mais je n’appelle pas encore ça du théâtre. Pour moi, jouer une pièce de théâtre, c’est vraiment incarner quelqu’un d’autre, et là ce n’est pas le cas. C’est une étape mais pas encore du théâtre ! Cela se rapproche davantage d’un stand up car on s’adresse directement au public.


Vous êtes encore frileux sur le théâtre alors ?

Je ne suis pas frileux, je suis à la fois attiré mais à la fois ça me fait peur car je ne l’ai jamais fait. Et que comme toute chose que l’on a jamais faite, on l’appréhende. Et puis il faudrait des propositions pour le faire ! Ou sinon prendre vraiment des cours de comédie… Mais là ça reste un spectacle de quelqu’un qui a d’abord appris la scène en chantant, puis a étendu cela entre les chansons.





Vous venez de recevoir la distinction de Chevalier des Arts et des Lettres. Comment avez-vous reçu cela ?

Le Ministère de la Culture m’a envoyé mon diplôme de Chevalier des Arts et des Lettres il y a peu. Ça m’a fait plaisir, beaucoup touché. Et ça a fait plaisir à mes parents et j’aime bien faire plaisir à mes parents ! Quand vous annoncez ça à vos amis, au début, ils ont une petite vague d’admiration et ensuite ils vous appellent chevalier en vous tapant sur l’épaule ! C’est plaisant d’autant que je n’ai jamais couru derrière les récompenses, donc chaque fois que j’en ai une, je l’apprécie d’autant mieux. Car mon objectif est d’être inspiré, d’avoir de bonnes idées, de proposer des choses qui plaisent. Alors quand ensuite on me remet un prix pour ça, comme ce n’était pas la première mission, ça fait d’autant plus plaisir. Ça signifie qu’on a travaillé !



Photos © Marc Philippe

musique
  • Création : 2/11/2016
  • Mise à jour : 31/1/2017

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