Levitation festival 2016 : À la croisée des chemins

À peine remis de nos émotions de la première édition de Levitation, que le quatrième volet de ce rendez-vous Psyché se déploie de nouveau. Entre stars et loosers, mainstream et underground, le festival semble s’être déplacé, nos impressions aussi.


Samedi 17 septembre 2016 – Levitation France


L’idée du festival Lévitation est née d’une initiative audacieuse et téméraire : exporter le Austin Psych Fest à Angers en jumelant les deux villes. Quatre années déjà et l’on retrouve, presque familiarisé, la même flore d’érudits de musique rock psychédélique, tout étriquée. Mais du changement aussi, nouveau public, nouveau lieu. Le festival semble désormais divisé dans sa programmation, avec une attention particulière portée aux artistes les plus hégémoniques et médiatiques.


Le Quai, cet espace à perte de vue… Désormais, pour l’apprécier, il est nécessaire de se défaire de l’image que renvoyait initialement ce festival de niche. En début de soirée Marietta accorde le bonheur. Brillant, grâce à sa technique qui sublime les enveloppes mélodiques. L’ombre de Dylan plane, quelque part dans ses compositions et dans sa voix.


Alex Maas, à part

Juste le temps pour nous d’échanger quelques billets contre la monnaie Lévitation et le gourou de la secte Psych Fest est là. Subitement, Alex Maas apparaît ! Pas d’applaudissements ni de hurlements. Pas de starification quand on est à la maison. Un joli morceau, que l’on croirait presque faire partie de la balance, entame sa prestation : « These boots are made for walkin’ » Nancy Sinatra, mais ça lui va. La chanson est intemporelle ; tout comme lui, habité par une autorité lui permettant l’insolite. Une atmosphère sereine s’installe alors, contenue dans les ballades acoustiques du duo. Tout est calme, peut-être trop.

Mais sans prévenir Donovan arrive à nos oreilles. Alex Maas lui rend hommage en interprétant un morceau que le musicien de Glasgow joue devant Dylan et la caméra de Pennebaker dans Don’t look back. Maas conte, par la même occasion, la relation complexe qui animait les deux maîtres de la Folk, l’un écrasant l’autre de son talent. L’effet est instantané, le mythe ravivé et l’oublié poussé vers nos mémoires. L’hommage est fort, sans prétention, presque indicible.


La Femme & les autres

Les groupes s’enchaînent. Les Allemands de Tau et leur essai original persuadent peu et la musique policée de The Limiñanas sonne creux. Initialement en duo, ces derniers comptent désormais sept membres et ont opté pour un revival Gainsbarre façon variété.

Un moment d’accalmie, 45 minutes environ, pour se préparer à l’accueil de La Femme. Les membres du groupe arrivent sur scène pour la balance et le chanteur esquive un échange avec le public qui se questionne sur la légitimité de leur présence au festival. Le technicien est d’abord appelé : « Daniel, t’es là ? Parce que sans toi le concert n’existe pas ! » Nous apprenons ensuite que « les horaires sont les horaires » bien que « nous soyons au Psych fest ». Le groupe revient dix minutes plus tard, attendu par son public. Où va le monde ouvre la cérémonie. Le dernier album est joué et le show moins théâtral que leurs anciennes prestations. Mais le groupe a du succès, le festival aussi…


Avant la fin

La foule se dissipe, le hangar se vide. Dead Meadow assurera tout de même fièrement son set. Des morceaux passionnés, tantôt lents et lourds, tantôt rapides et resserrés mais toujours rock psyché. Le rock est désormais (presque) toujours encombré de cette identité corrompue où ses modes de production et de consommation ne correspondent pas aux idées qu’il porte en son cœur.

Débarrassons-en le, enfin.

Mona Gautier

festival
  • Création : 29/9/2016
  • Mise à jour : 29/9/2016

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