Arthur H : L’Or d’Eros, « un espace de liberté dans la société actuelle »

Après une virée chez les poètes créoles dans L’Or Noir, Arthur H s’est laissé happer par la poésie sexuelle d’auteurs du XXe siècle, qu’il révèle dans L’Or d’Eros avec son acolyte Nicolas Repac à la composition.


Un disque sorti en 2014, mais aussi une lecture musicale peu tournée, dans laquelle Arthur H captive et fait vibrer les sens par les mots crus et osés de poètes sulfureux comme André Breton, Paul Eluard ou Guillaume Apollinaire. L’Or d’Eros est une plongée voluptueuse dans la littérature érotique qui sonne encore plus sensuellement quand les notes groovent.

Le Quai d’Angers fait partie des rares à recevoir le duo, l’occasion d’un échange avec le chanteur, cette fois lecteur, Arthur H.





Comment avez-vous découvert les textes que vous mettez en scène dans L’Or d’Eros ? La littérature érotique est-elle un de vos penchants ?

Je ne lis pas de littérature érotique, j’avais juste envie de raconter des histoires. Je trouve que la littérature érotique parle de la vie de manière à la fois très brute ou très sensible. C’est tout autant instinctif qu’intérieur ; je trouvais donc que c’était un bon espace de liberté dans la société dans laquelle on vit aujourd’hui. Parce que finalement ça parle de l’intimité de manière très crue, honnête, sans morale, il y a juste la réalité de ce qu’on est.


Vous êtes-vous parfois senti gêné dans vos lectures par tant de plaisirs exhibés, écrits crus ?

Il y a une lettre de James Joyce qu’il a écrite à sa femme, qui est vraiment très crue et au départ, je me suis demandé comment j’allais dire un truc pareil. Et finalement, pour l’avoir présenté quelques fois, il s’est révélé que c’était beaucoup plus émotionnel que sexuel parce que c’était une manière de parler de son intimité sans détour. Dans les textes, on a accès aux cœurs des poètes plutôt qu’à leur sexe, même si le sexe revient parfois avec force, finalement c’est difficile de faire plus intime. De fait, c’est plus touchant que sulfureux, salace, pornographique ou je ne sais quoi.





Mais dans ces poèmes, la frontière est mince entre l’amour et le sexe. Cela ne vous dérange pas ?

Je trouve ça drôle. Ça me dérange un peu, mais c’est ça qui me plaît, il y a un côté dérangeant, potentiellement choquant. Ça reste bizarre de parler de choses très intimes, mais ce n’est pas mon intimité, mais celle des poètes qui eux-mêmes ce sont vraiment livrés. C’est aussi une manière de se connecter avec le public, ça permet de se relâcher, de s’abandonner. En terme de spectacle, cette gêne là est très intéressante.


Justement, avec L’Or d’Eros, votre idée est de faire naître des images immédiates à la force de la poésie et de la musique. Cela crée un espace très intime entre votre public et vous…

Nicolas et moi trouvons que c’est quelque chose de très doux, très envoûtant où les gens peuvent fermer les yeux et partir dans les images. On est dans une même bulle mais on n’est pas là à se regarder dans le blanc des yeux. Nous, on est dans notre bulle sur scène, le public dans sa bulle en salle et ça permet d’échanger quelque chose de très intime sans qu’il y ait trop de gêne. Mais ça va loin dans l’intimité bien sûr.





Avez-vous conscience que votre voix génère autant de plaisir que les textes eux-mêmes ? Elle hypnotise avec sensualité aussi…

J’espère ! Je reviens toujours à quelque chose de très enfantin, lorsque l’on est petit et que nos parents nous racontent des histoires, qu’on se laisse caresser par la voix et partir totalement dans le monde des images, car je pense que l’abandon dans l’imaginaire est très régénérant, très inspirant. J’essaye donc de reproduire cette sensation enfantine qui fait qu’on ne se pose pas de questions sur l’histoire, on y entre par la force des images.

C’est aussi pour ça que la musique participe énormément à l’hypnose. La musique emmène beaucoup plus loin : elle porte les textes, leur donne de l’énergie, leur donne aussi quelque chose de non intellectuel, non rationnel, elle ajoute une vibration. Nicolas et moi sommes complètement reliés de ce point de vue dans le spectacle.


N’avez-vous pas l’impression de vous dévoiler davantage dans cet exercice, en clamant plutôt qu’en chantant ?

Je ne sais pas. Chanter, c’est encore plus physique, plus intime pour moi. Dans ces moments, je ne me vois pas, je suis dans l’action, je ne suis pas en train de me regarder ; je suis complètement dans les mots, les sons et je ne pense à rien d’autre.





Qu’est-ce qui vous plait particulièrement dans la liberté de ton des auteurs que vous traversez ? Vous en sentez-vous proche ?

Je m’en sens très proche car c’est très touchant de voir que ces poèmes sont beaucoup plus émotionnels que sexuels, pornographiques. C’est donc très touchant d’être proche de ces hommes et de leurs désirs qui sont à la fois fragiles, intenses et personnels. Je pense à Guillaume Apollinaire ou Ghérasim Luca, on sent qu’ils ont beaucoup d’amour en eux, ils ont parfois du mal à le sortir mais ça les rend extrêmement touchants, et surtout ils savent écrire, poser les mots sur tout cet aspect très fragile, très fin qu’on a tous. Cela devient donc quelque chose de très honnête et émotionnel plutôt que quelque chose de salace ou provocant. Je me sens un peu à l’intérieur d’eux, je me mets à leur place.


Avez-vous déjà utilisé ce genre d’aphrodisiaques littéraires dans votre vie ?

Ce n’est pas vraiment un aphrodisiaque, mais plutôt être à l’écoute de soi-même, cela nous renvoie à notre vraie présence au monde. Mais je ne m’en suis jamais servi dans ma vie privée !

musique
  • Création : 26/9/2016
  • Mise à jour : 26/9/2016

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