Richard Bona, globe-trotteur musical

Cinq ans après son premier passage, le bassiste et chanteur camerounais Richard Bona est de retour au Saveurs Jazz Festival. Accompagné de son groupe, le Mandekan Cubano, avec qui il tourne son 8e album, Héritage, le maestro camerounais nous porte cette fois en terres afro-cubaines.





Pourquoi vous être particulièrement tourné vers les musiques afro-cubaines ?

C’est le cours de ma vie : je me laisse plutôt guider par les voyages et les rencontres. Par exemple, la première fois que je suis allé à Cuba, dès l’aéroport, un flic m’a reconnu et le soir, je me suis retrouvé à une jam session avec le groupe de ce musicien : le premier morceau que l’on a joué était Bilongo, c’est le 2e titre de l’album… Ce sont des rencontres comme j’en ai fait précédemment avec des Indiens au Brésil. Les voyages sont un apprentissage incroyable pour moi.


Avec Héritage, vous vous faites l’interprète d’histoires ancestrales liant les cultures africaines et cubaines. Pouvez-vous nous éclairer sur le pont que vous faites entre ces traditions musicales ?

Cette musique a plus de 500 ans ; c’est la musique des colons espagnols, des esclaves indiens, chinois, africains, et aussi des autochtones car avant que le colon blanc n’arrive dans l’île, il y avait un peuple. Et lorsqu’on regarde la composition des instruments de cette musique afro-cubaine, c’est un mélange de musiques très diverses : le piano, les trompettes et instruments classiques viennent d’Europe ; le bongo, les hand drums viennent d’Afrique ; les maracas, c’est indien, local.

C’est ce mélange très hétéroclite qui fait qu’aujourd’hui, la musique afro-cubaine représente Cuba, car on ne pense pas à Cuba sans penser à cette musique. Je trouve ça beau car c’est une manière de montrer au monde que même dans une période très difficile, on peut se mettre ensemble et créer quelque chose. Même dans les périodes les plus sombres, il leur restait leur grain de voix, leurs danses, leurs manières de cuisiner, et ils ont pu dépasser leurs difficultés pour créer de nouvelles choses.





Est-ce pour vous une façon d’explorer toutes les musiques ?

Je vais plutôt apprendre qu’explorer, je suis étudiant de la musique jusqu’à la mort. Je suis déjà en train de travailler sur un prochain album autour du flamenco (Cameroun de la Frontera). C’est un peu la même démarche que pour les autres projets : J’ai joué avec des musiciens de Frontera, de Séville, et petit à petit, l’idée m’a traversé. Je laisse les voyages et les rencontres parler.

J’ai été dans beaucoup d’endroits, mais je n’ai pas été touché partout. Là mon dernier voyage avec le flamenco m’a beaucoup touché, même si ce n’est pas une musique facile à appréhender. Ça prend du temps et je dois travailler. Dernièrement, j’ai également été dans le désert au Maroc et j’ai maintenant envie de faire un album gnawa.


Un besoin constant de vous renouveler ?

Je me lasse très vite, j’ai un sale caractère. Je tourne avec mon quintet et accompagne d’autres musiciens à côté du Mandekan Cubano, ça me permet de changer d’atmosphère, j’en ai besoin. C’est aussi pour ça que je joue plusieurs instruments, je ne peux pas jouer du même instrument toute la journée. Et comme ça, je peux jouer plus longtemps.





Un mot sur le Mandekan Cubano ?

Je l’ai créé il y a trois ans. Le Mandekan est une ancienne langue africaine, mêlé au cubano, c’est de l’afro-cubain. Mais c’est aussi une manière pour moi de créer un lien entre l’Afrique et les Caraïbes parce que l’on a finalement la même histoire. Tout le monde vit de son côté alors qu’on a une histoire riche, plein de choses magnifiques à échanger. On le voit dans la musique : dès que l’on joue de l’afro-cubain en Afrique, les gens se mettent à danser tout de suite. C’est un battement commun.

Les gens ont beaucoup changé en 500 ans, mais il y a certaines choses qu’ils n’ont pas pu changer, comme la manière de cuisiner, de danser, de s’habiller et de jouer de la musique. La musique est une manière d’orienter l’histoire. En voyageant et en écoutant jouer les gens, je peux retracer l’histoire à travers leur musique.


Y a-t-il un style que vous chérissez plus qu’un autre ?

Tous les styles sont bien, tout dépend de la manière dont ils sont interprétés. On vit dans un monde où tout est formaté, où il faut faire ceci comme cela, aller vers ce style ou le jouer de telle ou telle façon, etc. Il faut faire un peu de résistance ! C’est aussi pour ça que j’ai produit cet album, je ne suis plus en maison de disque. À New-York aussi, j’ai créé mon propre club entre la 52e Rue et la 3e Avenue, le Bonafield. Quand j’ai envie de jouer, je vais dans mon club.


Vous êtes donc complètement indépendant ?

Cela a toujours été mon souhait. Aujourd’hui, je suis complètement indépendant et c’est une grande joie.





De quel(s) instrument(s) ne pouvez-vous pas vous passer ?

La basse et la guitare. Si je pouvais porter le piano avec moi, je le ferai ! Mais la basse et la guitare, je ne peux pas m’en séparer.


À quoi ressemble un été pour Richard Bona ?

Cet été, je serai toujours sur les routes ! Cette tournée est presque comme un safari : Tu quittes la scène pour trouver un moyen de dormir pour le prochain concert. Le challenge de l’année sera de trouver des heures de sommeil cet été.


Et quand vous ne tournez pas ?

Je joue encore de la musique, je fais de la musique tout le temps ! Je n’ai pas de hobbies ou d’activité particulière ; je ne pars jamais en vacances. Quand je rentre chez moi, je passe pas mal de temps à jouer, j’ai un studio à la maison, je fais un peu de sport, je flâne, mais je ne fais rien.


Cet été, on vous retrouve au Saveurs Jazz Festival…

J’ai déjà joué à Segré avec André Ceccarelli et Sylvain Luc, c’était super. Cette fois, on va leur allumer le feu, j’espère qu’ils seront prêts à se secouer un peu !





Sur la platine de Richard Bona – Été 2016

Gregory Porter / Israel Fernandez

musique
  • Création : 7/7/2016
  • Mise à jour : 7/7/2016

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