Festival Papillons de Nuit : « 2016, une année particulière »

En plein cœur de la Normandie, à St Laurent de Cuves se tient depuis 2001 l’un des plus grands rendez-vous musical français. Le festival Papillons de Nuit réunit près de 70 000 personnes. Le succès est dû en partie à une programmation ambitieuse, l’occasion pour nous de discuter avec Pierre-Olivier Madelaine, administrateur des « P2N ».





Comment choisissez-vous les artistes présents chaque année ? Quels sont vos critères de sélection ?

La programmation, c’est le nerf de la guerre d’un festival. C’est un travail qui s’étale sur plusieurs mois. En général, on commence à travailler sur la programmation au mois de septembre pour la finaliser en mars. On choisit les artistes de façon assez simple car Papillons de Nuit est un festival grand public et populaire ; par conséquent on se doit de proposer une palette d’univers musicaux assez large.

On se réunit à la rentrée avec les cinq personnes du comité de programmation, chacun vient avec sa liste de noms. On fonctionne selon nos envies, la renommée et l’actualité des artistes. Ensuite c’est un savant mélange entre les têtes d’affiches, les révélations, les découvertes et les artistes de la région. Une fois les artistes sélectionnés, on entre dans un travail de négociation avec les producteurs, qui peut être plus ou moins facile selon les convictions et la notoriété des groupes.


A l’image du festival des Vieilles Charrues ou Beauregard, votre programmation est plus populaire que les autres éditions. Les noms que l’on retrouvait essentiellement le dimanche, font désormais parti des concerts du vendredi ou du samedi. Pourquoi ce virage ?

On l’a emprunté il y a deux ans maintenant. C’est plus ou moins voulu. On peut parler d’une évolution naturelle, selon les goûts musicaux du public. Auparavant on avait une ligne artistique très marquée : le vendredi était une journée festive avec du reggae ou des musiques du monde, le samedi était davantage dans un univers pop-rock et le dimanche plutôt dans la variété. On a gardé ces thématiques pour le samedi et le dimanche tandis que le vendredi a un peu évolué. La tendance du moment va vers des groupes hip-hop ou électro, on a donc décidé de prendre ce virage en même temps que notre public. Ce n’est pas quelque chose que l’on subit mais on essaie de suivre au mieux les affinités musicales de nos festivaliers.


Cette année les têtes d’affiches appartiennent à une génération qui n’est pas celle qui se déplace le plus sur les festivals. Etait-ce un moyen d’attirer un nouveau public ?

Il est vrai que notre public est de plus en plus familial. Même si la majorité de nos festivaliers ont moins de trente ans, ceux qui étaient présents il y a quinze ans ont aussi évolué et sont pour certains parents aujourd’hui. Ces personnes-là sont désireuses de venir en festival accompagné de leurs enfants. On ressent vraiment le besoin d’accompagner ce public.

2016 est également une année particulière. Les récents événements ont vu les artistes ou groupes internationaux prévoir une infime quantité de dates en France. C’est pour cette raison que la programmation de beaucoup de festivals sonne très francophone. L’année dernière, nos têtes d’affiches étaient Placebo ou Lauryn Hill alors que cette année c’est Indochine, Michel Polnareff, Louane ou encore Nekfeu. De plus, les têtes d’affiches étrangères sont plus onéreuses.




Trouvez-vous que cette programmation soit dans la lignée des précédentes ?

C’est peut-être une programmation plus grand public. Encore une fois il y en a pour tous les goûts, il ne faut pas s’arrêter aux têtes d’affiches. C’est en tout cas ce que l’on tente d’expliquer aux gens. Certes, la plupart des personnes viennent pour voir soit Indochine, soit Louise Attaque, soit Michel Polnareff. Mais notre but est qu’ils repartent en ayant découvert quelques groupes. C’est pour cela que l’on a une scène entièrement dédiée à la découverte. Ce serait super que les festivaliers quittent les lieux en se disant : « Je suis allé voir Indochine mais j’ai découvert Minuit ou Thylacine. »


Avez-vous essuyé quelques critiques quant aux artistes présents cette année ?

Des critiques il y en a tous les ans. On ne peut jamais contenter tout le monde ou alors il faut faire un festival spécialisé dans un style musical particulier. A partir du moment où vous faites un festival généraliste, forcément il y a des mécontents. Au contraire, cette année on a été agréablement surpris par les retours unanimes que l’on a eus sur la qualité de la programmation. Pourtant au départ, le premier artiste que l’on avait annoncé était Michel Polnareff , chacun a plutôt été interloqué. Mais quand les autres noms sont arrivés, le public a retrouvé l’identité musicale du festival.




Rencontrez-vous des difficultés à faire venir de nouveaux artistes dans votre festival ?

C’est difficile de répondre. Un festival est un éternel recommencement. Tous les ans, il faut remettre la machine en route pour qu’aucune édition ne ressemble aux précédentes. Dans la limite de nos moyens, on tente chaque année de proposer une affiche encore plus alléchante que celle de l’an passé. Il y a également les opportunités de programmation qui influent sur nos choix. Le plus bel exemple c’est Indochine : cela fait dix ans que l’on essaie de les faire venir aux Papillons de Nuit, sans succès à cause de soucis de calendriers, de cachets ou de techniques.

Mais cette année on a eu la chance que tous les astres soient alignés. On a fait une très belle offre financière, il ne faut pas s’en cacher. Ce qu’il faut savoir c’est qu’avec Indochine, on va au de là du concert. C’est un spectacle avec des effets spéciaux, de la pyrotechnie et il faut être capable de gérer cela. Pour David Guetta, on avait négocié avec son producteur pendant un an et demi. On voulait absolument le faire venir en 2014, avant même que l’édition 2013 ne soit passée.


Combien de festivaliers attendez-vous ?

L’objectif est de faire toujours au moins aussi bien que l’année précédente. Je ne sais pas si cette année on arrivera à battre le record de 2014 qui était de 75 000 personnes, mais à partir de 65 000 ce serait d’ores et déjà une réussite. Le budget artistique de 2016 étant en augmentation, on a dû notamment agrandir la scène principale pour le concert d’Indochine, on doit donc évidemment faire venir plus de monde.


Avez-vous un artiste que vous rêvez de faire venir chaque année ?

Personnellement, des artistes que j’ai envie de voir aux Papillons de Nuit il y en a plein. Mais ce n’est pas le sujet, en tant que programmateur on se doit de séduire un public. En général, on se fait plaisir sur les découvertes.


Quel est le concert qui vous a le plus marqué depuis la première édition en 2001 ?

Pour moi, c’était le premier passage du groupe The Hives en 2008. Parce qu’en terme de performance scénique il n’y a pas mieux. On s’est tous pris une claque, aussi bien le public que les bénévoles. C’était un vrai pari à l’époque, car les personnes s’étaient déplacées pour les Babyshambles, qui eux avaient loupé leur concert et heureusement il y a eu The Hives juste après !



Photo © Bertrand Degove


Propos recueillis par Simon Vallée.

festival
  • Création : 27/4/2016
  • Mise à jour : 2/5/2016

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