Arman Méliès, artiste talentueux, dandy chaleureux

En tournée pour la sortie de son dernier album, Arman Méliès faisait une halte à Angers, mercredi 23 mars. Celui qui a déjà foulé la scène du Chabada en guitariste de Julien Doré revenait cette fois avec son projet solo. L’occasion pour nous d’en savoir plus sur Vertigone, un disque résolument plus rock que les précédents.





Que s’est-il passé dans votre vie d’homme et d’artiste entre AMIV et Vertigone pour qu’ils soient si différents ?

Dans ma vie d’homme, il s’est passé pleins de choses, mais rien de révolutionnaire quant à la teneur musicale du disque. En revanche, artistiquement, le fait d’avoir composé un album très cérébral avec AMIV m’a donné envie de faire un disque plus physique, plus rock avec Vertigone. J’étais en tournée aux côtés Julien Doré lorsque j’ai décidé d’écrire cet album, j’ai donc eu envie de destiner mes chansons davantage à la scène et à son énergie. Je souhaitais m’inscrire dans une démarche d’écriture plus concise avec des morceaux composés à la guitare électrique plutôt qu’au synthétiseur, contrairement au disque précédant.

J’ai aussi voulu m’investir davantage dans le chant. Dans AMIV il y avait quelque chose de très clinique, je voulais presque que ma voix disparaisse derrière les chansons, un peu à la manière d’un robot. À l’inverse dans Vertigone je souhaitais quelque chose de très humain. Il y avait des territoires vocaux que je n’avais encore jamais explorés, comme le lyrique, et j’aspirais à les découvrir. Cela m’a fait beaucoup de bien.


Dans Vertigone, on a parfois le sentiment que la voix est énervée, contrairement à l’atmosphère quelque peu new-wave de l’album précédent, où l’on retrouvait des influences telles que Depeche Mode ou New Order…

C’est vrai. Moi qui vient plutôt du folk et de la pop, je trouvais intéressant de faire un disque uniquement avec des programmations, notamment en citant des influences telles que le post-punk des années 80-90 ou des choses plus anciennes : les précurseurs de la techno comme les Allemands de Kraftwerk. Cela a donné un album conceptuel dont je suis très fier, mais qui a nécessité sur scène une sorte d’équilibre un peu étrange. Avec Vertigone je voulais simplifier le propos pour pouvoir enchaîner directement la scène, en somme, revenir à des fondamentaux, à une écriture plus pop-rock.


AMIV était un album où le synthé prédominait, tandis que dans Vertigone c’est la guitare électrique. Il faut attendre le morceau Olympe, à la mort pour avoir un synthétiseur presque « assumé », ce retour à vos premiers amours était-il nécessaire ?

Il y a un peu de synthé tout au long de l’album mais ils sont utilisés avec plus de parcimonie. Les instruments de prédilection sur le disque sont la guitare électrique et la batterie. D’ailleurs, AMIV qui était chargé en programmations contenait tout de même beaucoup de batterie acoustique. Tout ça était très mélangé et texturisé. Lors de l’enregistrement de Vertigone j’avais une obsession pour la caisse claire, qui marque « l’after beat ». D’ailleurs, si l’on devait épurer ce disque à l’extrême, on laisserait la caisse claire, la guitare électrique et le chant.





Vertigone commence par les mots « Constamment je brûle » ; il est rare de débuter sans intro, était-ce quelque chose qui vous tenait à cœur ?

C’était en quelque sorte une déclaration d’intention. Dès le début, je voulais signifier que ça allait être une autre esthétique que les albums précédents. J’ai donc opté pour débuter cet album sans instrument, ce qui installe le climat de tout l’album.


Était-ce justement un moyen d’accorder une importance toute particulière aux mots au sein de ce dernier disque ?

Ce n’est pas volontaire, mais on m’a fait la remarque plusieurs fois. Dans le fond, ce disque raconte la même chose que les précédents. Le ton est identique et la façon dont j’ai écrit les textes et ce dont je parle restent inchangés. Auparavant j’essayais de le faire avec beaucoup plus de recul, de distance voire de froideur mais ici, les gens ressentent les mots différemment car je suis beaucoup plus impliqué.


Dans votre clip de Constamment je brûle, on retrouve des actrices telles qu’Helena Noguerra, Anne Azoulay ou encore Aure Atika, le cinéma est-il pour vous une source d’inspiration ? Serait-ce possible de vous voir un jour sur grand écran ?

Bien sûr, c’est une inspiration comme mille autres choses. Le cinéma fait partie de cette nourriture qui macère en moi de façon inconsciente. Je vais beaucoup au cinéma, c’est un domaine artistique qui me passionne. C’est vrai que je participe beaucoup à mes clips, en écrivant notamment le scénario pour ensuite travailler avec le réalisateur ; mais je n’ai aucune prétention de vouloir m’y mettre sérieusement. J’ai joué la comédie lors de mon dernier clip et ça a été quelque chose d’assez violent. Pour Constamment je brûle j’avais le sentiment que le propos s’y prêtait, mais il n’y aura pas d’autres tentatives.





Arman Méliès, vous faites partie d’une grande famille de la chanson française, en compagnie de Bertrand Belin avec qui vous partagez l’affiche au Chabada, mais aussi Dominique A, Benjamin Biolay pour ne citer qu’eux.
En 2013, le clip Mon plus bel incendie regroupe cette famille qu’Olivier Rabourdin exécute les uns après les autres, existe-t-il un message dans ce clip réalisé par Julie Gavras ?

Il y a plusieurs lectures possibles de ce clip. Nous sommes dans une époque concurrentielle où il faut être toujours performant. On n’émerge pas forcément par ses propres compétences mais par le fait de pouvoir écraser les autres et de ce fait paraître le plus compétent. Cela me travaillait depuis longtemps. Par ailleurs c’est aussi le sujet d’un film de Costa Gavras. (« Le Couperet », ndlr) Je trouvais ça assez marrant d’appliquer cette histoire au milieu de la chanson, comme si on pouvait se détester les uns les autres et se tuer.


Ce qui est intéressant dans ce clip c’est l’interprétation que chacun peut en faire…

Bien sûr, il y a plusieurs niveaux de lectures. Comme régler son compte à la chanson française, vouloir se détacher un peu de cette étiquette de membre de la nouvelle chanson française et mandater un tueur pour dézinguer tous ces gens-là. C’était aussi faire œuvre d’émancipation, avec beaucoup de second degré car en l’occurrence la plupart des gens qui ont bien voulu se prêter au clip sont plutôt des gens que je connais et que j’admire.


Vous êtes également compositeur, vous avez collaboré avec de grands noms de la chanson française, notamment Bashung, Thiéfaine ou encore Julien Doré, le costume de compositeur est-il autant agréable que celui d’interprète ?

Je suis aussi bien à l’ombre qu’à la lumière. Ce sont vraiment des occupations complémentaires. Ce rôle de compositeur ou d’auteur me convient tout autant que celui de chanteur. Cela permet de s’oublier. On ne se met pas la même pression. C’est très enrichissant en terme de rencontres également. On se renouvelle aussi, on n’écrit pas la même chose. Je ne me destinais pas à cela lorsque j’ai commencé. Jamais je n’aurais pu imaginer un jour bosser avec Bashung ou Thiéfaine.

J’essaie d’alterner entre la réalisation de mes propres disques et des périodes où j’écris pour d’autres artistes. Soit sur le travail d’un album ou par exemple avec Julien Doré avec qui je suis devenu très proche en l’accompagnant sur scène. Ainsi je me consacre uniquement à la guitare, ce qui n’implique pas le même investissement que d’être un chanteur leader.





Après avoir collaboré avec Bashung ou Thiéfaine, y a-t-il un artiste avec lequel vous rêvez de collaborer ?

Christophe, j’aimerais beaucoup. Mais il fait toutes ses musiques dans un processus relativement long et un peu chaotique. Christophe c’est le parrain intouchable de la chanson française. C’est un véritable modèle, un exemple. Il y a aussi des artistes de ma génération comme Dominique A ou Bertrand Belin mais aussi des groupes comme Yeti Lane ou encore Hindi Zara qui font de la pop en anglais ou chantent en arabe.



Votre plus beau souvenir de la tournée « Vertigone » pour le moment ?

Paris, au Café de la Danse. Parce que les dates parisiennes sont toujours un peu spéciales et souvent magiques. En l’occurrence cette date se situait au début de la tournée, donc on avait un peu de pression : un Café de la Danse, complet. Il y avait une tension et un énorme plaisir de partager cet instant avec les personnes présentes et un excellent souvenir.



Propos recueillis par Simon Vallée


Photos © Frank Loriou

musique
  • Création : 25/3/2016
  • Mise à jour : 29/3/2016

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