Paulo, toujours dans le champ !

Voilà des années que tourne cette affiche : « Paulo : À travers champ ». L’humoriste sarthois a fait le tour de la France, de petites en grandes scènes, avec ses références provinciales qui séduisent toujours autant le public, à l’image des Bodin’s qui tournent sans discontinuer.

Paulo, de son vrai nom Jean-Yves Mottais, nous parle à cœur ouvert de son métier, de son personnage, de ses souvenirs… Retour sur 20 ans de carrière !


Jusqu’en 1994, vous étiez humoriste à mi-temps, puis vous vous êtes lancé. Qu’est-ce qui vous a fait franchir le pas ?

Ça remonte à 20 ans déjà ! C’est le succès qui m’a fait passer le pas : j’étais de plus en plus demandé par des associations, des comités des fêtes. À cette époque, je travaillais dans l’agro-alimentaire et mon patron, qui appréciait ce que je faisais, m’avait donné la possibilité de réintégrer la société si ça ne fonctionnait pas.

Mais pour moi c’était clair : je ne partais pas pour revenir. Au début, quand le téléphone ne sonne pas, ça fait drôle ; j’ai passé des moments un peu difficiles mais après, quand le spectacle s’est bien mis en place, ça a très bien fonctionné.





Comment s’est fait ce saut de la petite à la grande scène ? Quelles rencontres vous ont aidé ?

Au départ, je fonctionnais tout seul, je me produisais dans des conditions peu évidentes, entre les kermesses en plein milieu des champs et les dîners où il fallait passer au-dessus des conversations ! J’ai évolué car j’ai eu la chance de rencontrer un metteur en scène, Jean Martiny qui a fait le Petit Théâtre de Bouvard à Paris.

Mon personnage était ancien, patoisan, en lien avec la région, mais j’avais envie de faire évoluer ce personnage. Cela a pris un peu de temps, ça m’a bouleversé aussi car cela faisait dix ans que je tournais avec ce rôle, mais il fallait revoir tous les petits défauts, ce qu’a fait Jean Martiny en rajeunissant le personnage.

En 2003-2004, il m’a donné beaucoup de conseils et m’a permis de revoir toute la mise en scène du spectacle. Ensuite, on s’est entouré de gens pour travailler l’aspect technique. J’ai commencé par de petites salles à Paris. Au départ, ça a été difficile, mais une fois rôdé, j’ai commencé à faire des salles plus importantes. Et j’ai rencontré 30 Productions ; l’agence a voulu produire mon spectacle et le faire entrer dans des salles d’envergure. On a testé sur une salle de 200 personnes et ensuite on s’est attaqué à des salles de 1500 personnes. Aujourd’hui, c’est la 22e fois que je fais le Palais des Congrès du Mans, et il y a toujours du monde.





Qu’est-ce qui a fait votre renommée les années passant ?

Au delà des moyens techniques, de la production, de la communication, c’est le bouche à oreille qui a fonctionné. J’ai joué dernièrement à Lyon, une région où ils ne me connaissent pas du tout et ça a très bien fonctionné. Vous avez le même phénomène avec les Bodin’s, comme vous aviez auparavant avec les Vamps.


Votre spectacle, comme votre personnage, n’a cessé d’évoluer au fil du temps. Comment l’avez-vous remodelé ?

C’est un personnage qui évolue dans le temps, avec lequel j’aborde des thèmes d’actualité, politique, économique, social. Ce personnage me permet de faire défiler toute une galerie de portraits. En résumé, je raconte une histoire, celle de ma vie, certes caricaturée, mais c’est ma vie, celle de mes grands-parents, celle de mes enfants et toutes ces générations se confrontent. J’y parle donc à la fois de l’évolution de la vie et d’un temps révolu. Les personnes âgées y voient un miroir car je parle d’un temps qu’ils ont connu.

Je parle de la Province et cela parle à tout le monde, que l’on soit en Sarthe ou en Bourgogne. Le monde va tellement vite aujourd’hui que beaucoup sont contents de se raccrocher à certaines valeurs que l’on a peut-être oubliées, et les gens se retrouvent dans l’aspect provincial que je décris.





Aujourd’hui, vous écrivez des chroniques tous les jours. Qu’est-ce qui vous inspire au quotidien ?

J’écris chaque jour pour livrer de chroniques à la radio France Bleu Maine. Ce qui m’inspire pour écrire, c’est tout ce qui est économique, social, politique.


Réutilisez-vous parfois ces inspirations pour votre spectacle ?

Ça va venir nourrir un peu mon spectacle effectivement. Mais dans le spectacle, j’ai des histoires clefs, qui ont fait ma renommée, et je dois les jouer ! Si je ne les raconte pas, les gens sont déçus. J’en enlève parfois car j’en ai vraiment assez de les raconter, mais je comprends le public car si je vais voir Maxime Leforestier en concert, je suis content quand il chante La Maison Bleue…

Je suis tout seul et ce n’est pas toujours évident de se renouveler. D’autant qu’on ne voit pas beaucoup de personnage de ce type à la télévision.





Jouez-vous certains de ces sketchs depuis le début ?

Certains depuis 10 ans ! J’ai été connu avec le sketch de la 2CV et depuis je ne peux pas ne pas le jouer ! Internet a beaucoup contribué à colporter mon spectacle. Le sketch de la 2CV par exemple a été vu énormément de fois et c’est avec ce sketch que certains ont souhaité ensuite m’inviter, comme en Bourgogne. Mes enfants sont même revenus dernièrement avec cette vidéo sur leur portable !





Vous êtes issu du monde rural et en avez fait votre marque de fabrique. Peut-on s’attendre à un autre Paulo un jour ?

Le hic est là. Parfois, j’aimerais faire autre chose, aborder un autre personnage, mais c’est bien ce personnage qui me fait vivre et le public n’est pas prêt à ce que je change complètement. Le meilleur exemple est celui des Vamps. Quand elles ont voulu arrêter, l’une des comédiennes a voulu faire autre chose, mais ça n’a jamais fonctionné. Celle qui reste avec le personnage de Lucienne n’a finalement pas bougé d’un pouce, elle a gardé le même personnage et ça fonctionne car c’est un personnage imprégné. Certains artistes qui mettent en place un personnage n’arrivent que très rarement à en sortir.





Était-ce un rêve de jeunesse de faire du théâtre ?

Non, jamais, j’étais très complexé !! J’en parle maintenant avec amusement mais j’étais extrêmement timide. Quand j’ai commencé dans les années 60, à l’école, on faisait des pièces de théâtre. Et on me donnait toujours le rôle du comique ; cela devait être lié à mon physique et je me suis vite aperçu que même en étant complexé, quand j’arrivais à faire rire, j’attirais l’attention des gens. Ensuite j’ai compris le mécanisme et j’ai toujours fonctionné comme ça. J’avais un strabisme, un cheveu sur la langue et le fait de jouer m’a vraiment aidé à me décomplexer.

Quand j’avais une vingtaine d’années, j’écrivais des chansons pour des copains puis j’ai fait quelques spectacles pour les gens du village, mais en pur autodidacte ! D’ailleurs, quand j’ai rencontré le metteur en scène Jean Martiny, je lui ai demandé si je devais prendre des cours de théâtre car j’étais sans formation. Il m’avait répondu : « surtout pas, ça va te déformer ! »





Un souvenir marquant de scène ?

J’ai eu la chance de faire l’Olympia, je n’aurais jamais pensé faire l’Olympia ! Je suis resté une semaine sans dormir, j’avais tellement peur de bloquer. Mais j’ai eu l’impression de rêver. Je n’ai jamais connu sur scène, ce que j’ai connu à l’Olympia. Jamais. C’était très impressionnant.

Si j’ai fait l’Olympia, c’est parce qu’à ce moment là, mon producteur voulait me ramener à Paris, mais j’avais déjà fait des scènes là-bas et je trouvais mon spectacle trop ancré dans l’aspect provincial pour plaire au public parisien. Bref, je n’ai pas eu envie d’y retourner. Mais en blaguant, je lui dit : « Si je vais à Paris, je fais l’Olympia !» Et à mon cinquantième anniversaire, mon cadeau a été l’affiche de l’Olympia !

L’idée c’était d’emmener la Sarthe à L’Olympia ! On avait des partenaires et on a fait venir une quinzaine de cars de l’ouest ! Beaucoup de gens de la région étaient là, le public était donc tout acquis à ma cause ! Ils m’ont réservé un accueil formidable et ça a été extraordinaire.


Retrouvez les chroniques de Paulo sur France Bleu Maine

Retrouvez les dates de tournée “A Travers Champs”, sur le Site de Paulo

Prochainement, retrouvez Paulo sur France 3, dans un documentaire dédié aux humoristes régionaux.


www.paulo-humoriste.com

www.30prod.fr

Photographies © Jef Rabillon

théâtre
  • Création : 10/2/2016
  • Mise à jour : 10/2/2016

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