Rencontre avec Olivier Guillemain, membre-fondateur du Groupe Zur

Après nous avoir enchantés avec des productions in-situ hors du commun, comme « Horizone » (installation pour une colline) et plus récemment « Cao(z) » (installation pour une carrière), le Groupe Zur posait ses valises au musée Jean Lurçat. En résonance aux productions que celui-ci abrite, six personnes déroulent devant nos yeux le fil de leurs inspirations dans une scénographie intimiste rappelant un métier à tisser. Ils y brodent une œuvre éphémère, surréaliste, pleine de touches oniriques…


« A la frontière entre les arts plastiques et le spectacle vivant, nos productions “live” d’images projetées, ombres et musique improvisée, constituent la trame de ce nous appellons le “cinéma vivant”. La pellicule n’est plus seulement le support à une narration mais devient elle aussi composante de l’installation/performance. » (Groupe Zur)


Olivier, tu fais partie du Groupe Zur depuis ses débuts. Raconte-nous comment tout cela a commencé…

Cela va bientôt faire trente ans que nous existons… L’origine du groupe remonte à l’époque où certains d’entre nous étions à l’école des Beaux-Arts, à Angers. Nous l’avons formé à notre image avec l’envie de toucher un peu à tout. Cela passe aussi bien par la musique et l’image que par le jeu…

Personnellement, j’adore jouer ! Pas forcément en tant que comédien mais, plutôt, par la simple présence : nos créations sont des productions artistiques et plastiques en regard avec des présences. L’humain, depuis nos débuts, a toujours été une notion caractéristique de nos œuvres… Dès notre apprentissage c’est ce qui différenciait notre travail de celui des autres élèves.

On s’est donc regroupé avec la volonté de pratiquer différemment les Arts Plastiques qui, à l’époque, étaient encore très cloisonnés. C’est en cherchant à rompre avec la tradition que nous nous sommes retrouvés à sortir des murs et à donner vie à nos installations. Nous avions vu quelques performances aux Beaux-Arts, cela nous a marqués. Nous avons alors saisi qu’il était possible de faire de nos actions une œuvre d’art.

Nous avons passé nos diplômes ensemble : la notion de travail de groupe, très importante pour nous, vient de là. À cette occasion, nous avons produit un court-métrage que nous avons projeté dans une installation plastique autour de laquelle nous évoluions. Des festivals ont commencé à programmer cette petite forme entre spectacle et cinéma, nous avons fait des rencontres dans le milieu balbutiant des Arts de la Rue, celui du spectacle vivant. C’est ainsi que le Groupe Zur a commencé sa route. La rencontre, en cours de chemin, avec Loredana, fut également déterminante et nous a emmenés vers d’autres formes de jeu…


Qu’est-ce-qui a provoqué votre venue dans ce musée ?

C’est le fruit d’une volonté commune. Certaines personnes de l’équipe des musées de la Ville ont eu l’occasion de nous rencontrer sur d’autres interventions et cela faisait longtemps que l’on discutait de cette possibilité. Au début, on nous a proposé le musée des Beaux-Arts mais l’espace ne nous satisfaisait pas. Finalement, nous avons pu bénéficier d’un créneau entre deux expositions au musée Jean Lurcat pour produire ce « Zur au musée »…

Nous avons, évidemment, fait des parallèles avec le cinéma. Nous sommes partis de cette trame pour construire un espace d’expérimentation que nous utilisons pour ces quatre représentations, sur deux jours. Nous cherchons toujours à interroger le support de projection en essayant d’en construire de nouveaux…


La scénographie que vous proposez est une sorte de métier à tisser géant… S’est-elle imposée à vous, était-ce une évidence ?

Étant au musée de la tapisserie il était tout naturel pour nous de jouer avec le fil, le tissage. Dans un premier temps, nous avons parcouru le musée, pour nous imprégner de ses œuvres, et vu quelques métiers à tisser. Cela faisait longtemps que nous avions envie de travailler sur des supports de projection multiples, sur la notion de niveaux, d’épaisseur… Petit à petit nous avons cherché comment, en direct, couches après couches, faire naitre un support de projection pour y superposer nos images.


Cette installation est, en soi, presque une œuvre d’art qui pourrait rester exposée telle quelle dans ce musée… Bien qu’éphémère, elle semble, pourtant, très étudiée !

C’est une part de ce que l’on aime faire : n’oublions pas que nous venons des Arts Plastiques. L’aspect esthétique s’est imposé : contrairement aux interventions que nous donnons en extérieur dans le noir, ici, nous ne pouvons pas cacher notre matériel. Nous travaillons sur des fonds blancs, dans un espace très clean et tout objet qui s’y trouve doit être assumé. C’est ce que nous avons essayé de faire…

On soigne toujours notre esthétique. Notre univers peut être qualifié de « passéiste » car fait de vieux objets semblant sortir d’un vide grenier ; nous aimons les objets qui ont une âme, une histoire. Effectivement, l’installation n’est pas laide quand elle est abandonnée mais il n’y a plus ce que l’on a voulu y mettre : ça ne reste que des objets juxtaposés. Elle ne prend sens que lorsque l’on joue avec. Je ne pense donc pas que l’on serait prêt à la présenter telle quelle, comme un objet inerte. On ne pourrait pas non plus inviter le public à venir découvrir notre espace en dehors des représentations….


C’est votre première intervention dans un musée ?

A l’intérieur d’un musée, oui ! Mais nous étions déjà intervenus dans la cour d’un musée, à Valence. Là aussi, pour cette création, nous nous étions inspirés de l’univers qui nous entourait. Nous avions parcouru les réserves du musée et ses endroits cachés pour y collecter des images. Tout cela dans le but de pouvoir faire sortir les œuvres du musée ou de les transformer en quelque chose d’autre…


Le musée et le spectacle vivant sont, à priori, deux notions antinomiques… Votre intervention ici, du coup, n’est-elle pas paradoxale ?

Effectivement, c’est un lieu, qui est figé, où l’on vous montre l’œuvre que l’artiste a produit. S’il est vivant, celui-ci n’est généralement présent que lors du vernissage de son exposition : il y a donc peu d’occasions de rencontre avec l’auteur.

Pour nous, c’est inimaginable de ne pas être présent dans nos productions. Alors, c’est peut-être un peu paradoxal de nous trouver dans un musée, mais c’est pour nous un véritable pari. Si nous le faisons c’est pour le réinterpréter et faire découvrir au public une autre forme possible de présentation de l’acte plastique.


Votre présent spectacle « Cao(z) » n’aura été joué que quatre fois. Quatre représentations également pour « Sur le fil »… Vous êtes condamnés à ne jamais parfaire vos spectacles ?

C’est à la fois une difficulté et une richesse. On est toujours sur le fil, entre l’improvisation et l’écriture, entre la recherche et l’aboutissement. Les spectateurs qui viennent voir une première de Zur prennent des risques. Parfois, c’est un peu casse gueule : certaines images ou situations peuvent sembler fragiles mais nous essayons de jouer avec cette fragilité… Celle-ci, apparemment, s’est plutôt bien passée, bien que nous n’ayons disposé que deux jours pour le montage et la création.


Appréhendez-vous de la même façon une création de ce format que d’autres, plus conséquentes ?

Chez Zur, il n’y a pas de petites formes, seulement des contraintes de temps. Si nous étions restés une semaine de plus, probablement que nous aurions construit d’autres éléments, rajouté des images. Mais il ne faut pas tomber dans le piège de vouloir toujours en faire plus. C’est aussi bien, quelque fois, d’avoir peu de temps, d’être bridés. Cela nous oblige à nous concentrer et attise notre créativité : nous devons alors chercher à en faire plus avec l’humain qu’avec nos outils.


Vous avez une écriture particulière, très fragmentée. Le spectateur doit, avec son imaginaire, contribuer à remplir, avec vous, les pages blanches que vous lui proposez…

Il nous vient naturellement de ne pas être trop dans la narration. On se donne, bien sûr, des fils conducteurs pour aborder nos créations mais on essaye de préserver au spectateur des espaces de liberté pour qu’il puisse, lui aussi, les réinterpréter. Nous l’invitons à y piocher à droite, à gauche, à bouger, se créer son propre parcours à travers l’œuvre, sa propre écriture et à faire un montage personnel de nos histoires.


Selon vous, qu’est-ce-qui fait la force et la magie de ce collectif ?

Au fil de notre parcours, nous avons accumulé des matières, des pratiques, des savoir-faire et nous brodons sans cesse avec, nous les mélangeons. À certains besoins nous apportons des réponses que nous avons pu déjà expérimenter. On leur trouve alors des utilisations nouvelles ou on cherche à les enrichir…

Une autre des spécificités de Zur est le partage des compétences : quelqu’un qui rejoint le collectif n’est pas là que pour appliquer son savoir mais aussi et surtout pour l’échanger avec les autres membres. Il y a une sorte de connivence dans le travail du collectif qui nous confère un langage particulier. Il y a parfois des difficultés, des nœuds, mais nous nous connaissons les uns les autres.

Comme pour un groupe de musique qui joue ensemble depuis longtemps nous avons acquis certains automatismes dans notre pratique commune. Lorsque l’un d’entre nous lance un truc, les autres suivent ou rebondissent. La force du groupe Zur est là : elle nous permet de dépasser ce qui nous paraît possible…


Propos recueillis par M.V. – Scenoscopie


Photos © Jeff Rabillon – Tous droits réservés.

Découvrez d’auters photos prises par Jef Rabillon de « Sur le fil ».


Plongez dans l’univers de Zur avec cette sélection de photos de différentes interventions, toujours prises par Jef Rabillon, compagnon de longue date du collectif : http://jrabillon.free.fr/zurselection


www.groupe-zur.com

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  • Création : 13/12/2012
  • Mise à jour : 25/8/2017

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